Un couple en proie au désir s’embrasse, s’étreint, se dévêt, roule sur le lit. Jusque-là, rien de révolutionnaire. Une scène vue et revue, caricature des prémices d’un rapport sexuel. Un classique cinématographique, suivi d’un quiproquo également connu: «T’as des préservatifs?» «Non. C’est un problème?» Mais à ce moment précis entre en scène la subtilité de la réalisatrice Anne Thorens qui, en un plan-séquence de six minutes, réussit un tour de force: celui de représenter la fameuse «zone grise» du consentement qui résulte, bien souvent, en un vécu différent d’un même instant par les deux partenaires. L’un insiste, l’autre a envie, mais «pas comme ça», et finit par céder. Sans consentir*.

A travers des dialogues tout aussi nuancés que le jeu corporel des deux acteurs, la comédienne et réalisatrice lausannoise offre avec Diagonale – disponible en ligne depuis le 7 janvier – une représentation de ce qui pourrait précisément sembler impossible à incarner, l’expérience du consentement se heurtant à la perception individuelle de chacun-e des partenaires. Elle met ainsi en images un enjeu au cœur des débats sociétaux, comme l’ont montré l’engouement pour d’autres œuvres sur le sujet telles que Cat Person, une nouvelle de Kirsten Roupenian parue dans The New Yorker, ou le podcast Tout de suite les grands mots, primé au festival Longueur d’ondes en 2020. Anne Thorens parle d’un court métrage pensé non pas comme une réponse, mais comme un point d’interrogation.