Les plus pessimistes pensent que la chaîne de télévision internationale voulue par la France ne verra jamais le jour. Les plus optimistes croient savoir qu'elle a du plomb dans l'aile. Il faut dire que l'existence de CII (prononcer: «Cédeuzi») relève de la gageure: il s'agit de faire de TF1, grand groupe privé de télévision, le maître d'œuvre d'une chaîne financée par la redevance, donc par les contribuables, pour des programmes… qui ne seraient pas visibles en France afin de ne pas faire de peine à LCI, la petite sœur de TF1! Cette obsession de venir concurrencer CNN ou BBC World est une idée ancienne chez le président de la République, Jacques Chirac. Premier ministre en 1986, il en rêvait déjà au nom de la présence de la France dans le monde. Mais la méthode utilisée n'était pas un gage de succès.

D'abord, une mission d'information est mise en place il y a un an à l'Assemblée nationale. Composée de députés de toutes les tendances politiques, elle souhaite associer au projet tous les partenaires existants: France Télévisions, Radio France Internationale (RFI), l'AFP et TV5, déjà visible dans de nombreux pays à travers le monde.

Mais la mission parlementaire est subitement court-circuitée en mai 2003 par la nomination de Bernard Brochand, un riche publicitaire, député UMP et maire de Cannes. En septembre, il annonce le résultat de ses travaux personnels: «Cédeuzi» sera réalisée à 50-50 par TF1 et France Télévisions. Colère des députés de la mission parlementaire, dont le travail est réduit à néant et qui soupçonnent la présidence de la République d'avoir imposé TF1 car «TF1 est à la botte de l'Elysée et vice versa», comme disent certains députés de droite eux-mêmes.

Enfin, tout le monde s'esclaffe en apprenant le budget de «Cédeuzi»: 70 millions d'euros, alors que l'allemande Deutsche Welle fonctionne avec un budget de 200 millions et la britannique BBC World avec 600 millions. «Le gouvernement veut imposer une antenne commerciale, financée à 100% par le contribuable, dont l'existence dépendra de la bonne volonté de TF1», accuse Christian Kert, député UMP, le parti majoritaire.

Le calendrier de la naissance de «Cédeuzi» est donc dans le flou le plus total: selon le ministre de la Culture, Jean-Jacques Aillagon, le projet sera soumis au Conseil supérieur de l'audiovisuel, l'instance de régulation de la télévision, «dès que la maturité du dossier le permettra». C'est-à-dire jamais?