Sexualité

Cédric, 27 ans, la jouissance à force de persévérance

Tout n’a pas été de soi pour ce Vaudois, employé dans le marketing numérique. Il a construit sa vie sexuelle comme il a élaboré son destin professionnel. En conscience. Aujourd’hui, il aimerait retrouver un peu d’insouciance

L’an dernier, cinq femmes de 17 à 67 ans nous confiaient ce qui les excitait et les éteignait sexuellement. Du 20 au 24 août, «Le Temps» s’est cette fois intéressé à cinq hommes hétérosexuels sur le même sujet. Ils ont entre 20 et 80 ans, habitent en Suisse et racontent leur intimité, – le feu, la foudre, le flop –, sans se dérober. 

Premier épisode: Jonathan, 20 ans, le sexe joyeux et décomplexé

On peut appeler ça une ascension. Ou plutôt une érection, vu le sujet. Cédric, Vaudois de 27 ans, a tout fait pour changer de milieu professionnel et sa pratique sexuelle s’inscrit dans cette même attitude volontaire. Sa marque particulière? La drague selon un processus étudié. Pas sur Tinder ou un autre site de rencontre, mais en live, d’après une technique qui «marche à tous les coups». L’ennui, reconnaît Cédric, c’est que le moyen – la drague – a un peu effacé la fin – les amoureuses –… Récit d’un self-made-man qui regardait du porno à 12 ans et qui aimerait s’offrir une nouvelle insouciance pour ses 30 ans.

Il est charmant, Cédric. Un joli visage, fin, des lunettes stylées, short et t-shirt blanc, look décontracté. Et ouvert. Que ce soit la masturbation ou ses positions sexuelles préférées – dont l’une est restée mystérieuse, même après démonstration! –, le jeune homme évoque volontiers son intimité. Il exprime aussi le besoin impératif qu’il a eu de quitter à 19 ans le métier de plombier dans lequel il ne se reconnaissait pas. Ses parents, un couple uni, ont le profil universitaire et si Cédric n’avait pas tant rêvé en classe, il aurait, dit-il, été plus scolaire. Aujourd’hui, après des études à HEC Lausanne pour lesquelles il a dû cravacher, le jeune homme travaille (trop) dans le marketing et la communication numériques.

Le porno en bande et incognito

Et le sexe, quand a-t-il commencé à y penser? «Vers 10, 12 ans. En groupe. On envoyait un copain plus âgé acheter des magazines pornos qu’on commentait. Le grand truc, c’était d’attendre que les parents sortent le soir pour se réunir chez le copain en question et visionner les cassettes érotiques que les adultes cachaient. On se masturbait joyeusement.» Parfois, les parents rentraient plus tôt et c’était la panique. «Il fallait tout stopper et siffloter alors qu’on était chaud bouillant!»

On rit, forcément. Mais la suite est moins drôle. «Après, dès 14 ans, mon plaisir a été plus solitaire. Je souffrais en apprentissage, mais comme j’avais les moyens de m’amuser, j’ai rejoint des potes qui sortaient beaucoup…» A ce moment, toute la volonté de Cédric tient dans un seul mot: coucher. «Mais je n’avais pas le bagout pour draguer, alors j’ai dû patienter.»

Première fois à Djerba

Sa première fois? «Au Club Med, à Djerba, à 19 ans. C’est un peu cliché, mais lorsque j’ai embrassé cette fille, j’ai vraiment vu les étoiles.» En réalité, le sexe est venu au retour, lors des Fêtes de Genève. «J’ai vécu mon dépucelage chez elle, en France voisine. Rien de particulier, position du missionnaire, mais c’était un immense soulagement, car en plus de faire l’amour, mon premier stress, j’ai évacué mon second flip: je n’étais pas éjaculateur précoce!»

Vous ne pouvez pas imaginer le shot de satisfaction quand on sent que la fille s’allume. C’est tellement puissant que c’est addictif. Et c’est souvent plus fort que le sexe qui suit, si sexe il y a

Cette première histoire n’a pas duré. «Ma copine aurait bien voulu, mais moi, j’étais lancé. Pas question de m’arrêter!» Pourtant, les succès ne vont pas s’enchaîner. «Je manquais de confiance. Et comme j’ai recommencé des études à ce moment-là, je n’avais plus d’argent pour flamber.»

Imiter pour emballer

Alors, Cédric prend deux décisions qui vont tout changer. Il rejoint une troupe de théâtre amateur et dévore des bouquins de développement personnel. C’est dans cette littérature qu’il découvre comment séduire. La recette? «Surtout, ne pas offrir un verre à la fille d’entrée. Il faut la fixer de loin et lui faire coucou. Si elle répond, je me rapproche et lui parle de tout et de rien. Ensuite, quand on va fumer, je lui serre la main.» Mais ce n’est pas tout. Cédric imite ses futures conquêtes. «Je parle, je bouge et je ris comme elles. Parfois, elles s’en aperçoivent et ça les fait marrer. Parfois, elles jubilent devant tant de complicité…»

Un vrai chasseur, raffiné. «Vous ne pouvez pas imaginer le shot de satisfaction quand on sent que la fille s’allume. C’est tellement puissant que c’est addictif. Et, à vrai dire, c’est souvent plus fort que le sexe qui suit, si sexe il y a. Je n’ai finalement couché qu’avec 19 partenaires…»

Le sexe huilé, le pied

Tout de même, Cédric apprécie la bagatelle. Surtout quand la jeune femme est entreprenante. «J’aime quand ma partenaire se met sur moi et qu’elle est active. Entre 23 et 25 ans, j’ai eu un plan cul. Une étudiante en psychologie qui adorait le sexe, la sodomie particulièrement. Et aussi, elle se déguisait en cow-girl. Une fois, en Thaïlande, on s’est tous les deux enduits d’huile. J’ai aimé cette sensation de glissade, tout mon corps était réceptif.»

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Et l’amour, le vrai? «Je l’ai connu à Shanghai, où j’ai vécu une année, à 24 ans. Avec une Australienne d’origine chinoise, pendant huit mois. Quand on est amoureux, le sexe, c’est vraiment mieux! Malheureusement, on s’est quittés à mon retour en Suisse.» Cédric se souvient aussi d’une autre rencontre forte avec une étudiante lausannoise. «A ce moment, j’étais épuisé, vulnérable. C’est peut-être pour cela que j’ai été touché. C’était intense, on avait des orgasmes simultanés.» Mais là encore, un voyage a mis fin à l’idylle.

Fan du sexe oral

Et les relations homosexuelles, Cédric en a-t-il testé? «Non, mais, pour un rôle de gay au théâtre, j’ai fait deux mois d’abstinence féminine tout en regardant les hommes autrement. C’était intéressant.» Enfin, le jeune homme n’est pas exclusif au départ, mais «jaloux et fidèle», dès qu’il est amoureux. Il ne parle pas pendant le sexe, ou alors très gentiment et, «comme tous les hommes», aime les fellations. «Mais je pratique aussi l’inverse avec gourmandise!»

Pour la vie, ou un bout de vie, il se verrait bien avec une artiste, une graphiste ou une actrice, question d’imaginaire. «J’ai développé une drague très pragmatique, sans doute dans le fil de cette époque qui prône l’efficacité et la réussite. Il est temps que je lâche du lest et que je décolle de terre!»

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