Si George W. Bush a obtenu sa réélection mercredi, un élément de sa politique a connu un revers en Californie. Les citoyens ont accepté une initiative ayant trait à l'utilisation de cellules souches d'embryons pour la recherche médicale. Un débat que les Suisses entretiennent aussi, puisqu'ils se prononcent sur la nouvelle loi sur les cellules souches le 28 novembre.

Lancée par une coalition de parents d'enfants atteints de maladies génétiques, de scientifiques, d'investisseurs et de stars de Hollywood, la «proposition 71» a été approuvée par 59% des votants. La Californie investira 3 milliards de dollars sur dix ans, par tranches annuelles de près de 300 millions, dans les recherches portant sur des cellules souches embryonnaires. Un «Institut pour la médecine régénérative» sera créé, qui évaluera les projets et décidera de l'attribution des crédits. Cette somme colossale mettra les grands centres de recherche californiens dans une position avantageuse sur la carte mondiale de la recherche biomédicale. Dans les universités de Stanford, Berkeley, Irvine ou San Francisco, les équipes sont déjà bien avancées et la Californie, avec la région de Boston, domine le paysage national.

Cette initiative avait été lancée en réaction à une décision du président Bush. En 2001, huit mois après son accession à la Maison-Blanche, celui-ci gelait les crédits fédéraux destinés à ce genre de recherches. Ce moratoire motivé par des considérations morales a vite été dénoncé par les chercheurs pour son hypocrisie: l'Etat fédéral désapprouve, mais les scientifiques peuvent travailler dans les laboratoires privés ou ceux des universités qui ont pu trouver d'autres financements. Les cellules souches ont souvent été évoquées durant la campagne, John Kerry ayant pris position en faveur de ces recherches. En porte-à-faux avec son parti, le gouverneur Arnold Schwarzenegger a vigoureusement soutenu le projet, de même que les acteurs Michael J. Fox et Christopher Reeve, ce dernier peu avant son décès (LT du 23.10.04).

La «prop.71» a suscité un vif débat qui, sur bien des points, ressemble à celui qui s'amorce en Suisse. Une bonne partie des oppositions émanaient des milieux anti-avortement, la Conférence catholique de Californie comme les mouvements évangéliques les plus durs. En cause: le statut des embryons utilisés, issus de la fécondation in vitro et limités à 5 jours, comme le prévoit la loi suisse. Pour l'heure, ces embryons sont détruits ou congelés. Interrogée par le Los Angeles Times, une enseignante résume le dilemme: «Nous avons grand besoin de traitements pour les maladies et les handicaps, mais cela ne signifie pas que nous ayons le droit de refuser les droits élémentaires d'un être humain». Les autorités de l'Eglise catholique ont fustigé ces «mises à mort programmées», tandis que certains éthiciens ont déploré l'irruption de la recherche dans l'intimité des couples. A l'instar des Verts ici, certains ont dénoncé les dérives possibles, en particulier le clonage.

La votation californienne s'est aussi jouée sur des arguments plus particuliers. Cette imposante injection de fonds publics a inquiété les partisans de la rigueur budgétaire – les finances de l'Etat sont les plus mal notées du pays –, tandis que des féministes ont prédit sombrement l'apparition d'«usines à œufs». Surtout, le pays entier a suivi de près ce débat en regard de l'hostilité manifestée par l'administration Bush. Le vote de mardi a constitué un «test populaire», a jugé le Washington Post, et des revues telles que Nature étaient suspendues aux urnes de Californie. Au soir de la victoire, les scientifiques ont d'ailleurs jugé que l'acceptation de l'initiative donne un signe clair à l'ensemble du pays. En outre, l'enjeu économique est de taille. Brandissant la menace d'un reflux des investissements, l'économie a lourdement appuyé le projet. Les partisans ont disposé d'un budget de campagne – doté par Bill Gates, entre autres – de 25 millions de dollars, contre quelques centaines de milliers chez les opposants. Mercredi, le San Francisco Chronicle a décrit la future Californie comme un «havre bien nanti pour les recherches», prédisant une «nouvelle ruée vers l'or biomédical».