éducation

Le cerveau (parfaitement) raconté à une enfant de 8 ans

Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur vos méninges, «Le Rêve d’Alice» le dit. Et le dessine aussi. Les adultes comme les enfants en ressortent plus savants

Chaque début de semaine, «Le Temps» propose un article autour de la psychologie et du développement personnel.

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Tout sur nos milliards de neurones et les neurotransmetteurs – la sérotonine, l’ocytocine, la dopamine, etc. – qui font la pluie et le beau temps de notre humeur. Tout sur les hormones – l’adrénaline, l’insuline, l’œstrogène ou la testostérone. Tout sur la mémoire, où elle se situe, dans l’hippocampe, et comment elle fonctionne. Sur les émotions, régulées par le système limbique, avec l’amygdale en donneuse d’alarme. Sur la pensée et le langage, générés par le cortex, ce manteau qui fait comme une frondaison autour du tronc cérébral. Tout, enfin, sur le cervelet, dont on a longtemps sous-estimé le rôle dans l’habileté des mouvements et leur fluidité…

C’est peu dire que Le Rêve d’Alice ou comment le cerveau fonctionne, livre illustré destiné aux enfants dès 8 ans (Ed. Helvetiq), est riche d’enseignements. Les auteurs, le neuroscientifique polonais Jerzy Vetulani, associé à la journaliste Maria Mazurek, ont mis la barre haut dans cette vaste présentation du cerveau. Mais grâce aux dessins clairs et joyeux de Marcin Wierzchowski, la traversée est vivante, sinon aisée. Les adultes, autant que les enfants, en sortent plus savants.

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L’aire de Broca, ça vous dit quelque chose? Et l’aire de Wernicke? La première permet de s’exprimer. Si elle est endommagée, son détenteur pourra comprendre ce qu’on lui dit, mais ne sera plus capable de parler. La seconde permet, elle, de comprendre. Si cette aire subit des lésions, on saisit chaque mot isolément, mais l’ensemble demeure confus.

Au chômage, un neurone meurt

Chaque fois, c’est le même émoi. (Re) découvrir comment le cerveau orchestre sa propre activité et toutes les opérations du corps humain procure toujours le même éblouissement. Ici, le défi consiste à rendre ce miracle compréhensible pour les enfants dès 8 ans, l’âge où, soit dit en passant, le nombre de neurones est le plus élevé. «Il est plus élevé qu’à la maternelle et il l’est plus aussi qu’au lycée, explique l’auteur. Car, entre 8 et 15 ans, un neurone sur trois va disparaître faute d’être utilisé. Cela s’appelle le darwinisme neuronal.»

Jerzy Vetulani illustre son propos ainsi: «Chaque petit enfant a par exemple beaucoup de neurones responsables du dessin. La plupart des enfants aiment d’ailleurs dessiner et faire du coloriage. Par la suite, certains abandonnent. Du coup, ces neurones cessent de travailler et ils meurent.» Voilà ce qu’on lit dans un encadré qui jouxte l’image d’une petite fille, souriante, face à sa feuille blanche, crayon en main.

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Sur la page d’en face, où trône un portrait de Picasso, il poursuit: «En revanche, si un enfant continue à dessiner, les neurones concernés travailleront toujours et il y a de grandes chances pour que cet enfant devienne plus tard un artiste peintre ou un sculpteur.» A côté d’un dessin d’un neurone téméraire qui fonce au volant d’une moto, le neuroscientifique conclut: «Ainsi, chère Alice, ce à quoi tu t’intéresses, ce que tu fais de ton temps libre, et ce que l’on t’apprend est très important. Tes premières années d’école influenceront le fonctionnement de ton cerveau, une fois adulte, et les domaines où tu seras forte.» Jolie manière d’expliquer à un enfant le rôle qu’il a à jouer dans la construction de «cet organe aux replis sinueux de couleur grisâtre, pesant un peu plus d’un kilo».

Pendant le rêve, muscles à plat

La même clarté d’énoncé préside à l’explication des rêves, ce moment du sommeil paradoxal où le cerveau turbine à fond, mais où le tonus musculaire est à zéro, afin que «si tu rêves qu’un tigre t’attaque, tu ne fasses pas mal à ton petit frère qui dort à côté». Dans cet ouvrage très coloré, c’est d’ailleurs au cours d’un rêve que la narratrice, Alice, entre en connexion avec son cerveau. Qui lui explique aussi très bien comment le centre du raisonnement, situé dans le cortex, ne commence à fonctionner à plein que chez les enfants en âge scolaire.

Auparavant, les émotions contrôlent la pensée. Voilà pourquoi le petit frère d’Alice se couche par terre et hurle quand il veut une glace alors que, plus maligne, sa sœur aînée aide à faire le ménage et, ensuite, demande une glace à son papa. En revanche, dès l’âge scolaire, les enfants ont exactement les mêmes capacités de raisonnement que les adultes. Une vivacité que le dessinateur illustre en montrant Alice donner des conseils d’utilisation d’un smartphone à son grand-père…

Dialogue sur la mort

Cette publication dépasse le simple intérêt didactique. Elle permet aussi d’ouvrir le dialogue parents-enfants sur des sujets plus délicats. Comme la mort. En abordant ce thème par le coma, provoqué par une grave lésion du thalamus, centrale de transmission entre le monde et le cerveau, l’auteur enchaîne avec la mort et les diverses croyances qui lui sont assorties. «Papa te dit que tu iras au ciel et Maman, que tu cesseras d’exister tout simplement parce que Dieu et le paradis n’existent pas.»

Sur un fond noir se détachent en jaune des symboles religieux et cette anecdote: «La mort, c’est comme un crayon. Tu dessines, tu écris, tu le tailles, il rapetisse. Tu écris à nouveau, tu le retailles et le crayon finit par disparaître. Mais il reste de ce crayon tout ce qu’il a écrit et dessiné.» La partie immortelle de l’être humain? «Nos gènes. Une partie de toi continuera à vivre à travers les gènes que tu transmettras à tes enfants. Tes enfants transmettront aussi cette «partie de toi» à leurs enfants, etc.»

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L’ouvrage explique encore comment les hormones sexuelles entrent en action à la fin de l’école primaire. «On appelle ça la puberté. Tu auras probablement des sautes d’humeur, des boutons d’acné et tes premières règles. Ta poitrine se développera, tes cheveux graisseront plus vite et tu prendras un peu de poids.»

Question transition, le neurobiologiste informe que la sérotonine, ce neurotransmetteur qui permet d’être calme et équilibré, diminue chez les personnes âgées. «Voilà pourquoi le grand-père de ta voisine de classe est colérique et impulsif.» Sur cette double page, l’ouvrage montre Alice étendue tout sourire sur une chaise longue, sous l’influence de l’ocytocine, et sautant de joie, parce que son cerveau «a libéré des endorphines».

De la même manière, imagée et claire, le livre explique le fonctionnement de la mémoire, des émotions, des réflexes et de tout ce qui a trait à la pensée et au langage. Cortex, corps calleux, hémisphères et lobes cérébraux sont les termes stars de ce dernier chapitre.

Le poids du comportement

Avant de quitter Alice qui va bientôt se réveiller, le cerveau lui glisse: «Pour que je me porte bien, il faut que ton corps entier soit sain. Evite de grignoter et de passer trop de temps devant ton écran. Le manque d’activité physique entrave aussi mon bon développement.» De sages conseils qui valent bien au-delà de 8 ans.

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