– La première fois que vous avez vu la mer?

– En Hollande, j'avais 4 ans. Une tempête de sable me dévorait les jambes.

– Quelles vacances, cet été?

– Je viens de passer trois jours dans le Lötschental. Ce sera tout, je suis paniqué à l'idée d'aller ailleurs. Ce sont les pressions sociales et affectives qui me font partir.

– La chose qui vous suit partout?

– Pour gérer mon inquiétude du départ, je me barricade derrière un cortège d'objets quotidiens. En fait, je ne me sens lié à rien. Quitte à partir, autant ne pas s'encombrer, la cueillette se passe sur place et suppose que l'on arrive dépouillé.

– Pour vous, «loin», c'est où?

– N'importe où. Le Mexique ou le Valais, pour moi, c'est loin pareil.

– Une scène typique de vos vacances de quand vous étiez petit?

– Une mélancolie, la fin des vacances, l'imminente reprise de l'école.

– Et vos premières vacances sans les parents?

– Mai 68, Paris. Ça commençait à courir dans tous les sens. Un beau souvenir d'agitation.

– «Seul sur le sable, les yeux dans l'eau…»

– Je pars en rêverie et je remonte à l'origine: des silhouettes sortent de cette eau et nous en sommes les petits avatars.

– Quel livre emportez-vous?

– Aucun. Je réserve au livre le monopole du voyage. Lui rajouter un voyage sur le dos, c'est un pléonasme.

– Les vacances qui ont changé votre vie?

– Ce que je retiens des récits de Nicolas Bouvier, c'est son vœu de se polir comme un caillou. Les voyages qui m'ont enlevé quelque chose sont ceux pour lesquels j'ai le plus de reconnaissance.

– La bande-son des vacances?

– L'eau. Ce qui m'épate, à la montagne, c'est le silence des sommets et le bruit de l'eau qui vient des sommets.

– Condamné à 20 ans de vacances?

– Je prends de quoi travailler. J'ai la chance de faire un travail qui n'est pas connoté comme quelque chose dont il faut se reposer… Ce qui fait que j'ai fusionné avec lui.

– Les voyages ont-ils formé votre jeunesse?

– Les côtes rocheuses italiennes qui montrent leur grand âge ont peuplé ma jeunesse.

– Une seule chose à faire, laquelle?

– Marcher sans but ni trajet précis.

– La partie de votre corps qui profite le plus des vacances?

– Les tendons, parce que je me décontracte tout de même, une fois le pire (le départ) passé.

– Tout plaquer, maintenant. Pour…

– … Etre un martinet! Je les observe depuis longtemps. Ils ne se posent jamais, ils dorment en vol et passent l'hiver en Afrique du Sud. C'est assez idéal, non?

– La maison du bonheur, elle est comment?

– Comme un vieil habit. Un peu déconstruite, elle a subi un vieillissement organique. Elle demande par contre à celui qui l'habite d'être un peu construit.

– A la rentrée, avec quoi reviendrez-vous?

– Avec rien! J'espère avoir été visité par quelque chose en ayant visité le moins de choses possibles.

– Le dernier voyage…

– C'est une question funèbre? Ah non… Alors j'aimerais me sentir parfaitement bien, dans la plus parfaite des solitudes, en plein cœur d'une mégapole.

– A part ça, quoi de pire qu'un restoroute?

– Un camping.