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Chez Moser, chaque élève possède son iPad, sur lequel l'enseignant envoie des manuels entiers. (Dolgachov) 

Education

C’est la rentrée à l’école numérisée

Très en avance sur la question du numérique en milieu scolaire, le directeur de l’école Moser explique comment les machines peuvent aussi aider les élèves à apprendre

L’école face au défi numérique? En période de rentrée scolaire, le sujet déchaîne forcément les passions. Entre l’école publique forcée de s’y mettre et les établissements privés qui ont de l’avance sur le gâteau, la mise n’est pas la même pour tout le monde. D’autant que pour cette génération Z qui a 14 ans aujourd’hui, l’usage des outils numériques est devenu d’une fulgurante banalité.

Réussir ce pari, c’est donc une histoire de moyens, de volonté et de budget. C’est aussi une affaire de taille. Très en avance sur la question, Alain Moser, directeur de l’école du même nom, l’admet: si son établissement peut servir de laboratoire éducatif, c’est parce qu’il est capable de s’adapter très rapidement. «Cette maison a été fondée par mon père. Je l’ai reprise il y a vingt ans. Contrairement à d’autres écoles privées et aux écoles publiques, elle est donc en mains familiales. Ce qui a beaucoup d’avantages.» Comme celui de pouvoir compter sur un conseil d’administration très impliqué qui défend, par exemple, les coûts de développement d’un support de cours en ligne et en vidéo destiné à la maturité.

L’accord des enseignants

Son plan? La numérisation progressive de son programme d’enseignement, qu’Alain Moser mettait à exécution il y a trois ans. «Actuellement, 30% de nos cours sont soutenus par un support sur écran. J’aimerais atteindre 50%, mais pas plus. On continue à enseigner l’écriture et la prise de notes dans les cahiers. Dans le temps, on croyait que le livre, puis plus tard la télévision, tuerait l’école. Aujourd’hui, certains craignent que les smartphones, les ordinateurs portables et les tablettes ruinent le système scolaire, mais c’est faux. Il suffit de savoir comment bien les utiliser», explique ce passionné d’éducation, décontracté et suractif, à qui vient chaque jour une nouvelle idée.

«Je me déplace très souvent. Les expériences canadiennes m’inspirent beaucoup, poursuit le directeur. Mais pour que ces méthodes s’appliquent ensuite ici, il me faut l’accord de tout le monde. Et en premier lieu celui des enseignants. Sans eux, impossible d’aller de l’avant.» Et ça marche? «Il peut y avoir de la résistance et c’est normal. Mais lorsque les choses sont préparées suffisamment à l’avance et que leur utilité est prouvée, c’est toujours plus facile d’être convaincant.»

Chez Moser, chaque élève possède son iPad, sur lequel le prof envoie des manuels entiers. Ici, les cartables voyagent donc léger. «Outre le fait d’économiser du papier, cela permet aussi l’actualisation immédiate des informations contenues dans ces ouvrages. La tablette est également une manière pour les élèves d’aller chercher des ressources auxquelles ils n’ont pas accès dans le domaine scolaire pour ainsi augmenter leurs connaissances. Toutes nos classes sont équipées du wi-fi.» Une connexion sans fil mais sélective, qui bloque notamment l’accès aux réseaux sociaux. «Alors oui, cela exige une infrastructure et d’avoir une équipe informatique à temps plein. Mais c’est le seul moyen d’y arriver.»

Au fait, la tablette, qui la paie? Elle est comprise dans les frais d’écolage. Mais à terme, elle ne sera plus fournie. «C’est cher et très vite obsolète. Et puis, à l’heure actuelle, tout le monde possède une de ces machines. On ne veut plus en ajouter d’autres, c’est absurde et inutile. Nos élèves viendront bientôt avec leur propre matériel. Nos ingénieurs travaillent en ce moment pour rendre notre wi-fi le plus imperméable possible.»

En revanche, l’enseignement du code informatique à la manière d’une langue étrangère laisse dubitatif ce directeur d’une école qui a bâti sa réputation sur l’enseignement linguistique en immersion. «Je ne le juge pas très opportun. C’est une matière en perpétuelle évolution. Alors oui, nos primaires peuvent s’y familiariser à travers des ateliers en option. Pour le reste, je pense que si l’enseignement de matières très structurantes comme les maths, la physique ou encore le latin est bien fait, il permettra à nos élèves de mieux apprendre, plus tard et ailleurs, ce genre de discipline.»

Mais dans cette école où le confort des étudiants passe avant tout, quelle place occupe l’enseignant? Ne se retrouve-t-il pas cantonné au rôle de simple animateur de classes hyperconnectées? «Au contraire, il renforce son statut d’expert. Il reste le maître à bord, celui qui transmet le savoir et s’assure de la fiabilité des sources que nos élèves utilisent. Il n’y a pas que Wikipédia dans la vie», reprend le directeur, qui fêtait hier sa 20e rentrée scolaire. Et pour qui notre société numérique, en favorisant de plus en plus le tout ensemble plutôt que le chacun pour soi, contribue à resserrer les liens entre les humains.

«Redonner le plaisir d’apprendre»

Une évidence pour lui, mais qui échappe encore à certains. «Dans un monde où, au travail ou à l’université, on demande aux gens d’être toujours plus collaboratifs, de se mettre à plusieurs pour résoudre un problème, l’école cherche trop souvent à séparer les élèves. En 2016, on ne peut plus les menacer d’un zéro s’ils copient, où de les envoyer au tableau s’ils parlent trop. Il faut les réintéresser à l’école, leur redonner le plaisir d’apprendre en faisant en sorte que l’enseignement colle à leur époque. Et notre époque, ce sont ces appareils qui peuvent rendre l’apprentissage plus intéressant et plus ludique», continue Alain Moser, autrefois élève dissipé à qui ses années collège n’ont pas laissé de souvenirs impérissables. «Je suis un directeur qui n’a pas aimé le système dans lequel il a appris. Je m’y suis follement ennuyé. Voilà pourquoi je cherche sans arrêt le moyen d’inventer l’école où j’aurais rêvé d’aller.»

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