Société

De Chamoson à Rolle, paroles de viticultrices et de viticulteurs

Chez certains, la quantité a fait défaut. D'autres vantent leurs jus. Tous disent la complexité de cette cuvée 2003.

Jean-Daniel Favre, vigneron et propriétaire du domaine La Tornale à l'entrée de Chamoson: «Je n'ai jamais vu ça.» Sept mois après la fabuleuse vendange 2003, le Valaisan jubile encore. Dans sa cave, il met en bouteille des cépages blancs classiques comme le johannisberg. «Les vieux cépages valaisans, qui sont des cépages de chaleur comme l'humagne blanche, l'humagne rouge ou le cornalin, ont pleinement profité du soleil de l'été dernier.» Il est vrai que les hautes teneurs en sucre (estimé en degrés Oechslés), le très bon état sanitaire du raisin et de modestes rendements sont les prémices d'un cru exceptionnel.

Armand Dufour, chef du département des achats vins suisses Schenk, à Rolle: «Les chasselas 2003 sont parés d'un jaune or éclatant. Ces vins développent des arômes épanouis de fruits mûrs légèrement confits aux tons de miel.» Mieux: pour cet œnologue, ces vins blancs présentent en bouche une trame charnue et grasse, pleine de saveur et de vinosité avec, en finale, une très légère note tannique. «Comme disait mon grand-père, la vigne n'aime pas avoir les pieds dans l'eau: elle ne supporte que l'ombre de son vigneron. Or, l'année passée le soleil a tout fait pour que la vigne s'exprime au mieux.» Sa conclusion est claire: 2003 se révèle être un millésime de très haute tenue et doté de magnifiques promesses d'avenir. «Si les chasselas peuvent dévoiler toute leur personnalité après 12 ou 18 mois, il faudra attendre 2 à 3 ans pour permettre aux rouges d'exprimer pleinement leur potentiel.»

Coraline de Wurstemberger du domaine Les Dames de Hautecour, à Mont-sur-Rolle: «La récolte 2003 a été qualifiée d'exceptionnelle dans le sens de «bizarre» et «hors norme». De son côté, la vigneronne est convaincue que la dernière cuvée ne restera pas dans les mémoires: «Les blancs sont tellement riches qu'ils sont lourds. Il n'y a pas de blancs de garde. Quand les gens les ont goûtés il y a trois semaines, ils ont finalement demandé ceux de 2002 ou de 2000. Ce sont ces deux années qui resteront dans les annales. De toute façon, il est encore trop tôt pour se prononcer pour 2003.»

Paul-Henri Soler, sommelier à La Cité des Vins à Genève: «Je suis d'accord avec elle. 2003 est un millésime exceptionnel mais ce n'est pas forcément bon pour les vins de garde, pas mal d'entre eux manquent d'acidité. Les vignerons qui ont bien travaillé ont des vins magnifiques, des vins que l'on va pouvoir boire rapidement. Mais attention, j'ai vu pas mal de sucres résiduels dans les amignes. Ceux qui ont vendangé tôt ont une bonne acidité qui donne du peps. Pour les autres, ils risquent d'avoir des vins mous, trop puissants et presque trop chauds. Pas de doute, 2000 reste la référence en Suisse.»

Christine Delarze, à Aigle: «Des volumes importants nous font cruellement défaut suite aux problèmes de sécheresse et de grêle que nous avons rencontrés à Aigle et à Yvorne. Mais la conclusion est que tout s'annonce sous les meilleurs auspices pour ce millésime 2003.» Chez elle, les chasselas à la veille des vendanges avaient des taux entre 74° et 80° Oechslés et le «gamay impressionnait avec des sondages oscillant entre 85° et 90° Oechslés». Le merlot, vendangé le 22 septembre ce qui est incroyable, a même battu un record avec 102° Oechslés.

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