Ça y est, il a neigé. Bon, juste un peu sur les bosses du pas de Chavanette, mais c'est assez pour penser à l'hiver, aux joues rouges et aux casse-croûte qui ravigotent. A Champéry, la saison s'ouvrira le 11 décembre, si le ciel le veut bien. Comme dans plusieurs stations des Alpes, il est trop tard pour réserver un chalet pour Noël ou pour la semaine de février, tant pis, il fallait y penser au retour de la piscine cet été.

Reste l'hôtel. Ou alors quelque chose d'autre, entre le chez soi et la chambre quatre étoiles. Le Chalet de Champéry, une grosse bâtisse cossue aux balcons fleuris plantée au centre du village du val d'Illiez, développe depuis janvier dernier un nouveau concept d'hébergement: le «comme à la maison» – mais sans les lessives, le ménage et la vaisselle. C'est-à-dire, en théorie du moins, mieux qu'à la maison. C'est une première en Suisse. Tout est fait comme si vous arriviez en visite. Pas de réception, il faut sonner à la porte. Esther et Eric sont le «couple d'hôtes» qui accueillent les clients. Clients? Ici, on dit «amis», et on vous colle des bises après quelques heures de cohabitation déjà. Dès l'arrivée, Eric et Esther (c'est un vrai couple même si vous n'êtes pas leur vrai copain) offrent le vin chaud en guise de bienvenue, font visiter le vaste chalet de 62 chambres en insistant: «si, si, faites comme chez vous!» Les chambres sont jolies, rustiques comme dans les numéros de décembre des magazines de déco. Les clefs n'ont pas de chiffres, juste un nom à consonance montagnarde. Au pied du lit, il n'y a ni télé, ni minibar. Les étages supérieurs sont réservés à la nuit, le temps libre s'écoule en bas, entre amis, dans le salon où l'on joue au tarot (le concept du lieu est français et la clientèle l'est aussi majoritairement), au backgammon ou au Pictionnary, ou dans la salle Beaufortin où l'on organise des soirées Karaoké et des projections de films. Pas de barman: au Chalet de Champéry, l'ami passe derrière le zinc et il se sert tout seul un petit apéritif d'après-ski.

Pas de prise de tête, le forfait – cher, c'est vrai – comprend absolument tout: abonnement pour les remontées mécaniques, moniteurs, activités pour les non-skieurs (luge, balade en raquettes, bains à Val d'Illiez ou à Lavey-les-Bains), nounous et animateurs (dites «enchanteurs») pour les enfants, repas en pension complète (cuisine soignée, gourmande et goûteuse, fondue et raclettes seulement sur demande), vin à table, apéritifs, digestifs, café, thé, goûter au retour des pistes, fitness, hammam, solarium. Il n'y a que la location du matériel de ski qui n'est pas comprise.

Pour midi, il manquait un restaurant d'altitude. Un défaut corrigé cette saison: les skieurs pourront manger aux «Marmottes», un alpage à environ 1600 mètres (anciennement «Chez Hermann»). Vincent, le cuisinier, a déblayé la neige et s'y installe ces jours-ci. Dès que les pistes seront ouvertes, il servira d'abord un repas aux enfants affamés, puis les orientera vers un coin jeux ou sieste, pendant que les parents feront une vraie pause en se servant au bar à soupes ou en s'attablant devant le menu.

Plus chaleureux qu'un hôtel, moins rudimentaire qu'une chambre d'hôte, le Chalet de Champéry appartient à un ensemble de lieux d'hébergement appelés les «maisons de Katy et Jacques», un concept développé par le Français Jacques Horovitz, professeur à l'institut de management IMD et spécialiste dans la qualité de l'accueil. Il y a huit ans, Jacques Horovitz fondait «Châteauform'» à l'attention des entreprises qui désirent organiser des séminaires dans un lieu agréable sans devoir s'occuper des détails pratiques. Une dizaine de châteaux en Ile de France ont été ouverts comme lieux de réflexion et de détente. L'accent est mis sur la convivialité: chaque site est dirigé par un couple d'hôtes, comme Esther et Eric. Le Chalet de Champéry, première demeure «Châteauform'» à la montagne, accueille toute l'année des séminaires. C'est pour répondre à la demande de plusieurs participants que l'entreprise a décidé d'ouvrir certains de ses lieux aux particuliers. «Les maisons de Katy et Jacques» – pour Jacques Horovitz et son épouse Katy, décoratrice des sites – seront bientôt trois: Bordeaux, Mas Sant Joan en Espagne, et Champéry, qui est pour l'instant le seul site à accueillir les particuliers pendant la saison d'hiver.

Evidemment, il faut aimer les vacances à plusieurs. Mais, pour autant que l'on respecte la distance voulue par chacun, le Chalet de Champéry offre ce qui fait souvent défaut ailleurs: la chaleur de l'accueil et la compétence du service. Eric, le Stéphanois, adore l'animation de groupes. Esther aime recevoir et prétend ne jamais souffrir de mélanger sa vie de famille (le couple a deux enfants) à celle de ses hôtes. Pour l'accueil, elle était à bonne école. Jacques Horovitz lui a appris qu'il fallait savoir donner sans attendre de recevoir. Un jour, il lui aurait demandé: «Que fais-tu si tu aperçois un peignoir de la maison dépasser du bagage d'un client sur le départ?». Esther a répondu qu'elle lui dirait discrètement de le rendre. Le professeur a secoué la tête: «Tu n'as rien compris: tu le laisses partir et tu lui envoies par la poste un deuxième peignoir pour sa femme».