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Un stage de libération de la voix, organisé par Marianne Sébastien.
© Youtube.com

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Chanter pour se libérer de soi

Chanter permettrait de guérir de nombreux maux: stress, manque de confiance en soi ou encore difficultés à communiquer. En Suisse romande, des ateliers et des stages proposent un travail de la voix, même sans but thérapeutique

Michel*, 40 ans, a subi une opération du cerveau suite à une maladie. «J’étais très stressé ensuite. L’assurance invalidité m’a alors conseillé des séances individuelles d’atelier vocal. Comme j’avais toujours eu envie de prendre des cours, j’ai dit oui. On chante parfois simplement des voyelles, accompagné au piano. Ça me permet de me détendre vraiment. Je pense que c’est parce que ça calme le cerveau: on arrête d’être dans la réflexion, on se reconnecte avec son corps. Je continue de pratiquer chez moi. Ça m’a aidé à retrouver confiance.»

Bruits et cris

Anne Bolli, musicothérapeute, a créé Envol en Voix, un atelier vocal et de musicothérapie à Genève et à Versoix. C’est elle qui a aidé Michel. Elle reçoit beaucoup de patients qui, comme lui, ont des traumatismes à surmonter: «Un licenciement brutal, par exemple, peut laisser littéralement «muet». Il faut aider la personne à exister de nouveau à travers sa propre voix.» Au programme de ces séances individuelles à but thérapeutique: exercices de respiration, bruits, cris et chants, parmi d’autres choses encore. «Je me joins à la voix de l’autre à l’unisson. Pour certaines personnes dont la relation aux autres est compliquée, ce contact sonore peut énormément les toucher.»

Anne Bolli propose aussi des ateliers vocaux par petits groupes. L’idée? «On apprend à y apprivoiser sa voix, mais sans le côté thérapeutique. Alors, on se sent faire partie d’une collectivité, on joue avec les sons, on rit beaucoup», sourit-elle.

Pour libérer la souffrance

A la puissance du chant en groupe, Marianne Sébastien croit aussi énormément. La fondatrice et présidente de l’ONG genevoise Voix Libres, récemment récompensée du prix de la Société internationale des droits humains. Dans cette association qui vient en aide depuis 1993 aux enfants de Bolivie, la voix tient une place prépondérante. «Si nous n’avions pas fait chanter ces gosses que nous avons sortis des mines, ils ne se seraient pas libérés de la souffrance et des traumatismes qu’ils gardaient au fond d’eux. Comment auraient-ils pu devenir les avocats, les ingénieurs, les leaders qu’ils sont aujourd’hui dans leur pays?»

Car Marianne Sébastien, «accoucheuse de voix», fait chanter tous ceux qu’elle peut: les détenus des prisons de Cochabamba, en Bolivie, les enfants de la rue auxquels son association vient en aide ou, récemment, 500 cadres dirigeants d’Airbus lors d’un stage de management par la libération de la voix. «Le chant, c’est une vibration qui soigne, affirme-t-elle. Il a un effet émotionnel très fort. Le son nous transforme immédiatement. La thérapie par la parole, ou par la lumière, ça va lentement. En chantant, ça va très vite!»

Des week-ends en Suisse

En Suisse, la présidente de Voix Libres organise plusieurs stages par an. Il s’agit d’un week-end pendant lequel les participants, qui souvent n’ont jamais chanté, se lancent, accompagnés d’un musicien au piano à queue. Jacques Schroeter, avocat à Sion, y a pris part pour la première fois en décembre dernier. Une expérience qui l’a beaucoup changé: «Depuis, je suis beaucoup plus ouvert aux autres. Dans ces moments, il y a une véritable communion, on n'est jamais jugé. On en ressort moins centré sur soi, l’ego passe à l’arrière-plan.»

Un autre aspect l’a poussé à réitérer l’expérience: «Ça peut paraître étrange dans la bouche d’un avocat, mais il y a beaucoup de choses que j’ai l’habitude de garder pour moi, car on apprend à taire ses douleurs. Chanter, ça permet de faire sortir tout ce poids, d’être plus léger, et donc de mieux vivre.»


* Prénom fictif.

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