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I Will Always Love You» (1972) de Dolly Parton, reprise vingt ans plus tard par Whitney Houston: un tube fréquemment cité comme péché mignon.
© BERTRAND GUAY

musique

Et tu chantes (en cachette) ce refrain qui te plaît tant…

La chanson de la honte, c’est celle que l’on écoute seul, en priant pour que personne ne nous surprenne. Nous en avons tous dans nos «playlists». Aveux et analyses

«Avec ma sœur, on est allées au concert de Zaz. Ça fait longtemps, mais je n’assume pas du tout! Et quand je vois comment Le Petit Journal de Canal + la trashe, j’ai encore plus honte.» Comme Sophie, il nous arrive d’assumer difficilement l’adoration que nous portons à un artiste ou une chanson. Nous avons tendance à filtrer certaines préférences musicales devant nos amis, de peur de passer pour des losers.

Evidemment, une chanson honteuse pour certains ne l’est pas pour d’autres. Tout dépend de la génération et du milieu social. «Ma chanson de la honte, c’est «La Tortura» de Shakira», confie Valérie Paccaud, animatrice sur Couleur 3 qui avait réalisé un micro-trottoir il y a quelques années à ce sujet. «C’est lié aux vacances en Espagne. Mais quand je rentre, je n’assume plus. C’est comme revenir de Thaïlande avec un sarouel violet

Et quand Fred Valet, journaliste et écrivain plutôt rock’n’roll, nous assure qu’il écoute et chante régulièrement – quand il est seul – «On ira» de Jean-Jacques Goldman, on a du mal à dissimuler notre surprise. «J’avais passé un précasting pour Graines de star quand j’avais 10 ans, au Macumba. Je la connais toujours par cœur. J’essaie de chanter avec une voix aiguë, mais ça ne marche plus en fumant cinq paquets par jour!»

Shakira et Goldman, la honte suprême? Pourtant, ces artistes ont des dizaines de millions de fans. Mais en sondant notre entourage, on réalise que c’est le côté commercial qui coince. Parmi les chansons citées (avec peine et sous la menace), on retrouve «My Heart Will Go On» du film Titanic et «Pour que tu m’aimes encore» par Céline Dion, «I will always love you» de Whitney Houston, «Résiste» de France Gall, «L’été indien» de Joe Dassin, ou encore «Pour un flirt» de Michel Delpech. Sans oublier «Les lacs du Connemara» de Michel Sardou, que – bien évidemment – personne n’écoute chez soi mais qui – comme par hasard – met tout le monde en ébullition en fin de soirée dans les boîtes de nuit. Une honte qui se met donc en sourdine dans certaines situations. Et/ou sous l’emprise de l’alcool.

«Il y a une honte à aimer les morceaux commerciaux», analyse Ellen Ichters, créatrice et productrice de l’émission Audioguide sur la RTS. Cette spécialiste des courants musicaux observe une forme d’«autorégulation puissant de la crédibilité». «Dans le groupe qui te définit socialement, tu as peur de te faire rejeter. En ce moment, si tu «likes» Justin Bieber, tu te tues socialement! Par contre, le kitsch est glorifié.»

C’est donc avec un certain courage que Mathieu Fleury, porte-parole de la Fédération romande des consommateurs, révèle sa chanson de la honte: «Love Yourself», de… Justin Bieber. Quant à l’imitateur Yann Lambiel, il tape dans la catégorie glorification du kitsch vintage en assurant apprécier «Viens boire un p’tit coup à la maison», du groupe Licence IV, qui avait détrôné Francis Lalanne pour rester treize semaines en tête du Top 50 en 1987… Les «p’tits clous» se souviendront.

Le vent de l’embarras musical peut parfois tourner rapidement, dans le bon ou dans le mauvais sens. «A l’époque, rappelle Ellen Ichters, des personnes très crédibles avaient décrété que «Toxic» de Britney Spears était un morceau génial.» Ces critiques étonnamment positives avaient alors permis à certains d’assumer. «Le moment de la libération, c’est lorsqu’un artiste redevient cool, et que l’on peut affirmer: «Je l’ai toujours dit!»

Et quand cette libération se fait désirer, il reste toujours l’infini bonheur de chanter très fort, seul dans la voiture ou chez soi, fenêtres soigneusement fermées. Comme le dit si bien Alain Souchon, «c’est déjà ça»…

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