Actuellement, lever son chapeau ou même y porter la main vous fait passer pour un échappé du musée préhistorique. Alors, qu’en est-il de nos jours de la meilleure façon de saluer pour un homme qui porte un chapeau?

Marc

Cher Marc

Même si votre question ne porte pas sur les règles du code social en matière de salut et de chapeau, mais sur leur actualité, permettez-moi toutefois de les rappeler, d’abord parce que c’est joli et que ça fleure bon l’époque où le costume signifiait autre chose que l’état d’esprit plus ou moins déglingué de celui ou celle qui le portait, et ensuite parce que, dans un monde parallèle mais toujours vivant, elles sont peut-être encore en vigueur.

Donc, naguère, un homme ne se couvrait qu’à l’extérieur. Il n’y avait que les juifs pratiquants et Louis XIV qui restaient couverts dans une maison. Dès qu’il entrait, le monsieur ôtait son chapeau, sa casquette ou tout autre couvre-chef. Il le gardait à la main (pour écouter les instructions de Monsieur le Comte), le remettait entre les mains du majordome, ou le déposait au vestiaire du théâtre ou de la réception. Cette règle impérative comprenait également les casquettes de baseball, qu’elles soient portées à l’envers ou à l’endroit, à supposer qu’elles existassent dans le monde raffiné dont je parle.

Dans la rue, quand le monsieur couvert croisait des connaissances qu’il voulait saluer, il ôtait son chapeau, ou du moins le soulevait quelques secondes.

Il n’en allait pas de même pour les dames, dont le chapeau était un élément fondamental de la toilette et l’objet de tous les soins et convoitises. Elles gardaient leur chapeau au restaurant, au musée, et même si elles assistaient à un cours ou une conférence. Par contre, elles n’en portaient jamais avec une robe du soir.

Aujourd’hui, les manuels les plus modernes continuent à préconiser d’ôter son chapeau ou au moins d’y porter la main en un geste inachevé comme un vestige, une trace fantomatique du temps où même le Roi-Soleil se découvrait en croisant une femme de chambre dans les couloirs de Versailles.

Pourtant, ce sont ces principes qui vous paraissent aujourd’hui préhistoriques. Et il faut bien dire que, si on établit le code en fonction de l’usage, il y a, comme souvent, un décalage entre les règles établies et le comportement en vigueur.

Néanmoins, il en est une qui demeure, celle qui interdit aux hommes d’entrer couverts dans un lieu fermé. Bistrot, restaurant, salle de cours ou de spectacle, verrée, expo, etc. Il me semble que garder son couvre-chef vissé sur la tête reste une attitude choquante pour la majorité des gens.

Alors, sans tomber dans la nostalgie de l’époque où, sous une politesse raffinée, les rapports de classe étaient d’une extrême violence et où personne n’ôtait son chapeau devant les «filles-mères» et les enfants de 8 ans qui travaillaient en usine, mon goût pour le joli ballet des usages mondains me pousse à vous dire que vous vous trompez. Saluer en touchant votre chapeau ne fait pas de vous un dinosaure, mais juste un homme mieux élevé, donc plus charmant, que le mec branché avec sa casquette greffée sur le crâne en toute occasion, pour ne pas parler des écouteurs de plus en plus gros placés de part et d’autre.

Touchez donc votre chapeau (que j’espère en feutre mou) et soyez fier de ressembler plutôt à Humphrey Bogart qu’au dernier rappeur à la mode.

Chaque jeudi, Sylviane Roche répond à vos questions concernant le savoir-vivre. Ecrivez-lui: sylviane.roche@letemps.ch

Saluer en touchant votre chapeau ne fait pas de vous un dinosaure