Au fond du lac (1/4)

Le chasseur de trésors qui sillonne le lac Léman

Chercheur indépendant, Gilbert Paillex fouille le lac depuis bientôt cinquante ans en quête de ses trésors. Il en a découvert plus de 60 et les recense sur internet

Chaque jeudi de l'été jusqu'au 25 juillet, «Le Temps» s'immerge dans quelques plans d'eau suisses pour aller en dénicher épaves et autres secrets de la vie subaquatique.

Prêt pour la chasse aux trésors? Bateaux, wagons, avions, artefacts… ils sont nombreux au fond du lac Léman. Cela fait plus de cinquante ans que Gilbert Paillex, chercheur de 75 ans sans formation scientifique mais aussi déterminé que débrouillard, fouille le lac pour dénicher des bouts d’histoire. «J’ai grandi au bord du lac, raconte-t-il. J’aimais me baigner, mais je me demandais toujours ce qu’il y avait sous mes pieds.» Après avoir travaillé dans l’informatique en Suisse alémanique, il revient s’installer à Lausanne et devient membre du club de plongée d’Ouchy. Un sourire en coin, il se rappelle cette douce sensation d’apesanteur: «Sous l’eau, tout va lentement.»

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Un jour, il apprend que deux plongeurs du club font de l’archéologie et leur propose son aide. «On allait faire des fouilles autorisées vers la Dullive, près de Gland, se souvient-il. Il y avait deux tas de cailloux bizarres. C’étaient des ténevières, les traces d’un village préhistorique. Ces structures longilignes ont été construites par l’homme, mais on ignore toujours pour quelles raisons.» A proximité de cette station lacustre, de l’outillage, des éléments de décoration et des armes en bronze. Un peu plus loin, des pointes de flèches taillées. «Des restes de l’époque néolithique», assure-t-il.

La caméra devenue robot

Il commence à faire des relevés dans le Léman avec des théodolites – pour mesurer les degrés des angles – et cartographier certaines stations lacustres. «Ces données n’existaient pas, souligne-t-il. Comme c’était avantageux pour le canton, il nous donnait les autorisations.» Une méthode qui lui servira pour parcourir le lac de long en large – mais jamais au-delà de 70 mètres, limite de l’équipement.

Intensément attiré par le fond du lac, l’informaticien de profession développe une caméra submersible dans les années 70. «Elle était en noir et blanc, dans une sorte de cylindre vitré tenu par deux ficelles pour créer une inclinaison, détaille-t-il. C’était rudimentaire, mais c’était l’attrait de la découverte!» Constamment améliorée, elle est devenue ce qu’il appelle «un robot», équipé d’un radar, d’un GPS et d’un propulseur lui permettant de se déplacer sur de courtes distances.

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L’épopée de L’Hirondelle

Une de ses premières missions a été la recherche, en 1977, de deux plongeurs noyés à proximité de l’épave de L’Hirondelle, vapeur coulé en 1862 à La Tour-de-Peilz, située à côté d’un ravin de 110 mètres de profondeur. Il a fait descendre son robot le long de la falaise et, «étonnamment, on les a trouvés vite, déclare-t-il. J’avais dû demander un congé. Par la suite, j’ai obtenu un temps partiel et monté ma société.» Pour nourrir sa passion et avoir quelques revenus, il retape des bateaux trouvés en bon état et est mandaté par des privés ou des compagnies d’assurances. Des rumeurs lui permettent de découvrir l’épave du Rhône, célèbre bateau vapeur de 40 mètres de long coulé en 1883. Une trouvaille qui conforte son insatiable curiosité: «Je savais qu’il y avait des centaines d’autres choses à découvrir.»

Il détectera en 2001, grâce à une ligne dans un journal intime, l’emplacement du yacht Nemo naufragé en 1875. En épluchant les archives des bibliothèques, il tombe sur un brick, un bateau de 20 mètres situé à 140 mètres de profondeur, puis par des articles de presse, des wagons de chemin de fer de l’ancienne Ligne d’Italie (Saint-Gingolph-Sion), et, dernier trophée en date, la bouée/boule flottante de Lausanne-Bellerive installée pour les baigneurs en 1929, puis abandonnée. Quelques trésors, parmi plus de 60, accessibles en ligne. «C’est un registre pour aider à la connaissance globale, mais il peine à s’enrichir, regrette-t-il. J’ai l’impression d’être seul à offrir mes découvertes.»

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