Néofascistes, pervers, sanguinaires, ultraviolents, décadents: les qualificatifs les plus divers circulent autour de la scène gothique. Propagées par une nouvelle vague de rockers américains qui jouent la surenchère dans la provocation, ces rumeurs savamment orchestrées permettent à ces groupes d'engranger les dollars. Le massacre de Littleton et l'assimilation de ses auteurs à des fans de rock gothique jettent aujourd'hui l'opprobre sur toute une scène musicale alternative. Ce mouvement a le malheur de jouer avec des symboles et références plus ou moins occultes et de cultiver un certain isolement. Certains de ses adeptes jouent volontiers sur une théâtralisation extrême de leurs univers, maniant des concepts délétères en prenant soin de s'en distancier. Si cette posture d'esthète affecté peut agacer, elle ne saurait être comparée à celle ultraviolente d'extrémistes racistes. Faire des amateurs de rock gothique des suppôts du fascisme parce que deux désaxés auraient écouté des disques de Marilyn Manson, c'est décréter que le rock ne peut jamais explorer les zones obscures, que l'art doit s'abstenir de traiter de thèmes glissants, sous prétexte qu'une mauvaise lecture pourrait fourvoyer des cerveaux faibles. Chassons les aigles, pas les corbeaux!

M. M.