Ce fut, bien entendu, la consécration. Le 26 juin dernier, l’Unesco inscrivait l’urbanisme particulier de La Chaux-de-Fonds et du Locle au patrimoine culturel mondial de l’humanité. Succès d’une stratégie patiente, soutenue par l’Office fédéral de la culture. Mais qui, sur le plan linguistique, n’était pas gagnée.

Car la «chaux», apprend-t-on, désigne un sommet. Non, un vallon. Pas du tout, un plateau élevé. On s’y perd un peu avec ce terme, bien davantage que dans les rues en damier des cités horlogères consacrées par l’Unesco. D’après le Glossaire du patois de la Suisse romande, du doyen Bridel, la «chaux» désignait des pâturages en haute altitude – dans les Alpes. Du côté du Jura, au contraire, la chaux nomme une vallée lovée dans les montagnes, à l’image du creuset de La Chaux-de-Fonds. Pour compliquer un brin le lexique, dans le patois auvergnat, le même mot renvoie à une montagne à sommet aplati.

On ne sait vraiment comment «chaud», ou «chaux», a ainsi pu faire référence à des reliefs, sans rapport avec la «chaux», l’oxyde de calcium servant à la construction. Mettons cette évolution langagière sur le compte de la malice de l’arc jurassien. Après tout, dans nos colonnes (LT du 15.06.09), un expert local assurait que les cités de La Chaux-de-Fonds et du Locle sont «deux villes qui se méritent». Manière de prévenir des touristes: ce n’est pas exactement le Taj Mahal, lui aussi estampillé Unesco. Au niveau de la langue, cette «chaux» se mérite aussi.

Chaque jour de l’été, sans prétention, «Le Temps» déguste un mot de la langue française.