Dans un climat où la société ne cesse d'être confrontée à la violence, deux études scientifiques tentent une explication génétique de l'agressivité dans la revue Molecular Psychiatry du 9 novembre.

La première étude a été réalisée sur des souris à l'Institut de recherche en neuropsyschiatrie de l'Université du Massachusetts. Elle montre une corrélation entre l'absence d'un récepteur (V1bR) pour la vasopressine, une hormone facilitant la réabsorption de l'eau, et la diminution de l'agressivité chez le rongeur. La suppression de ce récepteur, par modification génétique, induit également une certaine perte des repères sociaux, les souris peinant alors à identifier leurs compagnons. Mais comme le reste de leur comportement est normal, les chercheurs estiment que le blocage du V1bR pourrait constituer une voie thérapeutique pour traiter l'agressivité, notamment dans le cas de démence ou de dommages traumatiques du cerveau.

La seconde étude, réalisée au Département de psychiatrie de l'Université Ludwig-Maximilian à Munich auprès de 240 volontaires, est basée sur l'observation que l'agressivité est inversement proportionnelle au taux de sérotonine, un neuromédiateur qui influence l'humeur. Les taux de sérotonine sont eux-mêmes dépendants de l'activité d'une enzyme appelée TPH, qui intervient dans la synthèse de ce neuromédiateur.

Les chercheurs ont comparé le gène du TPH chez des personnes «normales» et suicidaires, ces dernières étant considérées par les auteurs comme plus agressives. Et ils ont constaté que certaines variations du gène étaient associées à une augmentation de l'agressivité.

Faut-il, dans le droit fil de ces études, réduire l'agressivité et la violence à un problème génétique? André Langaney, généticien et anthropologue, professeur à l'Université de Genève et au Musée de l'homme à Paris, fait le point.

«S'il fallait parler d'une composante héréditaire de l'agressivité, cela mettrait en jeu non pas un gène – s'il n'y en avait qu'un, on l'aurait trouvé depuis longtemps –, mais un ensemble de gènes. Il est vrai que si l'on peut sélectionner des races d'animaux agressifs, c'est pour des raisons génétiques. Chez l'homme toutefois, la situation est beaucoup plus complexe. L'agressivité fait l'objet d'une régulation sociale et culturelle, on ne peut pas le comparer simplement au coq de combat! Il y a bien une composante «héritable», à savoir transmise par les parents, de l'agressivité. Cela ne veut pas dire que cela soit dû aux gènes. Une telle interprétation conduirait, c'est sûr, les avocats nord-américains à plaider l'irresponsabilité pour leurs clients coupables de violence et porteurs de ce gène!»

Si la recherche s'oriente vers la génétique, c'est bien sûr pour trouver une réponse médicamenteuse à la violence. Il s'agit de trouver une camisole chimique propre capable de diminuer l'agressivité sans casser le malade. De ce point de vue, la recherche visant à mettre au point des inhibiteurs du récepteur de la vasopressine semble intéressante, mais dangereuse, selon André Langaney. «Si on constate une diminution de l'agressivité des souris, c'est peut-être parce que leur faculté de reconnaître les autres, dont leurs agresseurs, est émoussée et non parce que leur pulsion agressive diminue. C'est un peu le même type d'effet qu'une lobotomie.»

La concrétisation de ces recherches représenterait aussi un pas de plus vers la gestion chimique et génétique de l'homme. Une évolution qui a permis une réduction considérable des internés psychiatriques. «Il ne faudrait pas que les produits chimiques prennent le relais d'un traitement socioculturel du problème, avertit toutefois André Langaney. Pour diminuer la violence, on pourrait notamment agir sur les conditions de travail, le mobbing, le stress, et l'omniprésence de la violence visuelle (télévision, cinéma). Essayer d'en protéger les enfants, qui subissent une pression inouïe.»