La tuberculose effectue un retour en force dans le monde. C'est pourtant la maladie contre laquelle la population est le plus vaccinée: plus de deux-tiers des Terriens reçoivent le BCG dans leur enfance. Dans certaines régions du globe en effet, le vaccin anti-tuberculeux s'est avéré inefficace contre la forme pulmonaire de la tuberculose, et il peut même être dangereux pour les porteurs du virus HIV. Il s'agit donc d'en trouver un meilleur. Une équipe de la Division de pneumologie et du Département de génétique et de microbiologie de l'Université de Genève a décidé de relever le défi. Ses premiers travaux, très prometteurs, viennent d'être couronnés par le Prix Glaxo Wellcome Pneumo 2000, doté de 12 500 francs. Le lauréat du prix, Donatus Dreher, chef de clinique scientifique à l'Hôpital universitaire de Genève, souligne que le nouveau vaccin ne sera pas disponible avant plusieurs années. Mais il pourrait redonner le moral aux autorités sanitaires qui croyaient encore, il n'y a pas si longtemps, contrôler la maladie.

Au début du siècle dernier en effet, l'euphorie règne chez les médecins. En 1882, Robert Koch identifie l'agent responsable de la tuberculose, un bacille qui portera son nom. En 1895, Wilhelm Roentgen découvre les rayons X, permettant ainsi le développement de la radiographie, le moyen de diagnostiquer la maladie. En 1923, Calmette et Guérin mettent au point un vaccin antituberculeux, le BCG, à partir de Mycobacterium bovis, le bacille qui provoque la tuberculose chez les bovins. Deux décennies plus tard apparaissent enfin les antibiotiques. La tuberculose, c'était sûr, appartient désormais à l'Histoire.

La désillusion est cruelle. A l'aube du troisième millénaire, la tuberculose est l'une des trois maladies infectieuses les plus mortelles au monde, avec la malaria et le sida (lire l'encadré). Emergence rapide du virus du sida, mobilité accrue de la population mondiale, apparition de souches résistantes aux traitements, les facteurs favorisant le retour de la maladie sont nombreux. La mise au point d'un vaccin réellement efficace contre la bactérie devient urgente.

«Le BCG, un vaccin classique contenant la bactérie vivante, mais atténuée, de la tuberculose bovine, ne suffit pas à protéger toutes les populations de la planète, note Donatus Dreher. Il faut donc trouver un vaccin qui oblige le système immunitaire à réagir plus efficacement.» Les Genevois ont trouvé un meilleur vecteur, c'est-à-dire une bactérie qui s'insinue préférentiellement dans les globules blancs qui dirigent les opérations immunitaires lorsqu'un agent pathogène pénètre dans le corps, qui s'appellent cellules dendritiques. «Nous avons choisi une salmonelle – Salmonella typhimurium – peu pathogène pour l'humain et qui se prête bien aux manipulations génétiques», poursuit le biologiste et médecin. Il s'agit en effet de la rendre totalement inoffensive en lui retirant des gènes potentiellement dangereux. Pour des raisons de sécurité, il faut en particulier l'empêcher de se multiplier une fois qu'elle s'est introduite dans les cellules. Enfin, pour qu'elle soit efficace contre la tuberculose, il s'agit de lui ajouter un cocktail particulier d'antigènes efficaces du bacille de Koch, c'est-à-dire les molécules les plus typiques de cette bactérie que le système immunitaire humain va immédiatement reconnaître et combattre. Bref, le candidat vaccin est une sorte de chimère de deux bactéries, l'une étant la tête chercheuse pour arriver aux bonnes cellules afin de les activer, l'autre étant le déclencheur des réactions immunitaires spécifiques.

Cette construction peut paraître sophistiquée. Une nouvelle approche vaccinale est pourtant le seul moyen de venir à bout de Mycobacterium tuberculosis. Car la bactérie est sournoise. «Elle se cache à l'intérieur des cellules, explique Donatus Dreher, ce qui la rend inaccessible aux anticorps qui circulent dans le sang ou la lymphe.» Pour s'en débarrasser, il faut donc que l'organisme parvienne à repérer les cellules infectées, avant de les détruire ou de les «désinfecter», des tâches dirigées par les cellules dendritiques. Ce sont précisément ces mécanismes qui doivent être préparés lors de la vaccination qui, si elle fonctionne bien, pourrait avoir un effet préventif même sur les personnes déjà infectées, et thérapeutique sur les patients tuberculeux.

Pour l'instant, le candidat vaccin n'a été testé qu'en laboratoire, sur des cellules humaines. Avant de passer aux essais cliniques sur l'homme, de nombreux tests d'efficacité et de sécurité devront encore être effectués. Dans le meilleur des cas, il faudra attendre encore une dizaine d'années avant qu'un nouveau vaccin – d'autres candidats sont à l'étude – ne vienne supplanter le BCG.