Le 30 juin 1908, une boule de feu tombe du ciel et explose au cœur de la Sibérie, dévastant des milliers de kilomètres carrés de taïga. La puissance de la déflagration atteint 1000 fois celle de la bombe d'Hiroshima. L'onde de choc fauche des millions d'arbres comme s'il s'agissait de simples allumettes. Durant des jours et à des milliers de kilomètres alentour, le ciel continue à briller d'une lueur diffuse, au point de permettre à des habitants de l'Europe de l'Est de lire leur journal en pleine nuit. Au moment de l'explosion, le sismographe de la ville sibérienne d'Irkoutsk enregistre les vibrations d'un tremblement de terre, que les géologues situent 1000 kilomètres plus au nord, dans une région sauvage et inhospitalière appelée Toungouska. Sur place – il a fallu attendre dix-neuf ans pour qu'une première expédition s'y rende –, on n'a retrouvé ni cratère ni débris de météorite, de comète, de vaisseau spatial ou de quelque engin explosif que ce soit. L'objet a donc dû littéralement se volatiliser dans l'atmosphère une poignée de kilomètres au-dessus de la taïga sibérienne.

Pour tenter d'en savoir plus sur ce mystère tenace, 45 scientifiques italiens et russes viennent d'installer, la semaine dernière, un camp de recherche dans cette région infestée de moustiques et située à plus de cent kilomètres de la voie de communication la plus proche. L'expédition rassemble durant deux semaines un aréopage de l'investigation des retombées célestes. Des membres du département de physique de l'Université de Bologne, de l'Observatoire astronomique de Turin et de l'Institut de géologie marine du Conseil national de la recherche de Bologne travaillent en collaboration avec les chercheurs de l'Université de Tomsk.

Toutes ces compétences ne sont pas de trop pour enquêter sur cet événement bientôt centenaire. Car si les scénarios fantaisistes (ovni, essais nucléaires précoces, conséquences dramatiques des expériences électromagnétiques du physicien Nikola Tesla) ont pu être écartés assez rapidement, une question divise encore les experts: s'agit-il d'un astéroïde (débris rocheux d'une planète avortée) ou d'une comète (constituée essentiellement de glace poussiéreuse et née durant les premières phases de la formation du système solaire)?

La dispute paraît futile. Pourtant, une connaissance complète de cet accident cosmique – le plus destructeur depuis le début de l'histoire de l'homme – est primordiale pour les programmes internationaux d'étude et d'évaluation des impacts, passés et futurs, des corps célestes sur la surface terrestre (lire ci-dessous). Le danger de collision cosmique est encore bien réel à notre époque.

Une expédition précédente, dirigée par les mêmes chercheurs italiens, a fourni en 1991 des indices renforçant l'hypothèse de l'astéroïde. Une étude sur la résine de sapins qui ont miraculeusement survécu au cataclysme a révélé l'existence de particules microscopiques. Les chercheurs sont parvenus à démontrer leur origine extraterrestre. Et la teneur de ces particules en métaux lourds fait pencher la balance plutôt en faveur de l'astéroïde. Cette idée est encore renforcée, ces dernières années, par des simulations informatiques, réalisées par des équipes américaines.

Toutefois, les astrophysiciens admettent aujourd'hui que les comètes pourraient également contenir des éléments tels que le cuivre, l'or ou le nickel. Impossible, donc, d'écarter définitivement la seconde hypothèse. D'autant plus que les chercheurs russes, qui s'intéressent depuis très longtemps au phénomène Toungouska, privilégient l'explication de la comète. Ils se basent sur la description de la trajectoire de la boule de feu, recueillie auprès des témoins oculaires de l'époque. Les chercheurs pensent qu'il s'agirait d'un morceau de glace appartenant à un nuage de fragments de comète que la Terre traverserait deux fois par année, aux mois de juin et de novembre. De plus, les Russes, qui ont fouillé le site en vain presque chaque année, estiment qu'il est impossible qu'une météorite se volatilise totalement, sans laisser au moins quelques morceaux de roche de grandeur «raisonnable».

Les scientifiques italiens aujourd'hui sur place pourront-ils départager ces deux écoles? Les géologues marins ont déjà sondé le fond du lac Ceko, éloigné de huit kilomètres seulement de l'épicentre de l'explosion. Ils ont prélevé des carottes dans la couche sédimentaire afin d'y chercher, là aussi, d'éventuelles particules de météorite ou de comète.

«Nous avons trouvé des choses intéressantes dans la disposition des sédiments que nous n'arrivons pas encore à expliquer, précise Giuseppe Longo, professeur à l'Université de Bologne, joint par téléphone à Toungouska. Nous avons également réalisé des photographies aériennes à l'infrarouge et effectué des mesures du sous-sol à l'aide d'un radar et d'ondes acoustiques. Il faudra des mois, voire des années, pour analyser toutes ces données.»

Giuseppe Longo exclut pourtant la trouvaille de fragments macroscopiques de météorite durant ce voyage. «Nous avions prévu d'aller prospecter dans une zone où personne n'était encore allé, poursuit-il. Des problèmes avec notre hélicoptère nous ont malheureusement poussés à renoncer à cette phase de l'expédition.»

Voilà qui sera peut-être une occasion de retourner à Toungouska une troisième fois.