«Exigences: allemand parlé, diplôme d'apprentissage de dessinateur, non fumeur/euse». Cette annonce pour un cabinet d'architecture zurichois, publiée sur le site de Jobpilot, montre, si besoin était encore, que la vague anti-tabac qui a déferlé sur la Suisse s'étend au monde de l'entreprise. La question «Vous fumez?» posée lors de certains entretiens d'embauche ne suffit plus: certaines entreprises exigent comme un critère obligatoire que leurs employés ne touchent pas à la cigarette.

Autre exemple: le cabinet de coaching zurichois Stedtnitz, qui s'occupe de carrières professionnelles mais aussi d'adolescents en difficulté ou de «concepts de vie» pour adultes. La mention «non fumeur» figure sur ses offres d'emploi. Ulrike Stedtnitz, à la tête de ce cabinet, s'enthousiasme: «Pour nous, il s'agit d'un mode de vie, de mettre en avant la santé de l'équipe et des gens pour lesquels nous travaillons. Nous aidons les gens à améliorer leur vie, nous travaillons avec des enfants: nous nous devons d'être des modèles positifs.» Comment en est-on arrivé là? «Le cabinet est non-fumeurs depuis des années, comme tous mes collaborateurs, tout le monde est d'accord avec ça.» Ulrike Stedtnitz a-t-elle été influencée par le temps passé aux Etats-Unis, où elle a étudié? «En effet, c'est un peu comme chez Starbucks.»

Dans son édition de lundi, le journal alémanique Blick soulignait que de plus en plus d'entreprises veulent devenir des espaces non-fumeurs. Ainsi, Novartis bannira la fumée en 2006, Micarna lui emboîtera le pas en 2007. Et le quotidien de rappeler que les fumeurs, en plus de la nuisance engendrée par le tabac, occasionneraient des coûts bien supérieurs pour l'employeur. Parce qu'ils prennent des pauses. Parce qu'ils salissent plus. Parce qu'ils seraient plus souvent malades. Cependant, précise Christiane Furler chez Novartis, il ne s'agit pas pour l'entreprise de n'embaucher que des non-fumeurs: «Lors des entretiens, nous annonçons notre politique antitabac sur le site. En dehors du travail, nos employés sont évidemment libres de faire ce qu'ils veulent.»

Pas chez Stedtnitz: «Pour nous, il ne s'agit pas de coûts. Même un fumeur qui s'abstiendrait de fumer, ça n'irait pas: les fumeurs sentent la cigarette, ça nous dérange et ça dérangerait les clients.» Discrimination? «Non, c'est plutôt dans l'autre sens que j'en vois une.» Dans certains Etats des Etats-Unis, des entreprises font passer des tests, et peuvent engager des poursuites contre leurs travailleurs qui fument, même en dehors du travail.

Ce critère «non-fumeurs» semble émerger plutôt outre-Sarine. Même si, sur de plus en plus d'offres d'emploi romandes, on peut lire comme avertissement implicite que le lieu de travail est non-fumeurs. Jade Chow, assistante chez Jopup.ch, site qui présente des centaines d'offres d'emploi, dit ne pas en avoir relevé réservées aux non-fumeurs. Mais elle ne serait pas choquée si c'était le cas. «On demande bien parfois un homme plutôt qu'une femme. Pour moi, c'est bien plus répréhensible.»

Albertine Bourget