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Dessin original de Chiara Dattola.

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Chéri, et si on louait un retraité?

D’une partie de Scrabble à la tonte d’un gazon, des retraités proposent leurs services sur la plateforme Rent a Rentner. Leur savoir-faire, leur fiabilité et leur disponibilité sont appréciés et rémunérés par les usagers

Il est 6 heures et Bernd se lève d’un bond à la première sonnerie de son réveil. Il sifflote en préparant son café, il est content: il part travailler. Pourtant, il se rappelle du mal qu’il avait à se lever durant toutes ces années, lorsqu’il était employé. Aujourd’hui, tout est différent, il est retraité.

Son rendez-vous matinal a un nom, Grete. Cette habitante du même village que lui, en Singine, dans le canton de Fribourg se rend tous les vendredis à la gare de Tavel et Bernd est son chauffeur. Ce soir, il ira la récupérer. Pour cela, deux ou trois courses supplémentaires, des travaux domestiques occasionnels et un soutien moral, Grete verse à Bernd une somme de 250 francs par mois. Plus qu’un petit bonus à sa rente AVS, c’est une valorisation, un signe que son apport peut encore compter, un rythme ponctuant les longs jours de sa retraite.

Lisbeth, sa femme, se lève plus tard mais n’est pas moins active pour autant. Ce couple de 67 et 68 ans anime ses jours et ses semaines par des prestations proposées sur la plateforme Rent a Rentner. Elle est partenaire de Scrabble (son mari «n’a jamais su aligner deux points»), elle repasse, reprise et raccommode les habits de ses voisins. Lui, conduit, tond la pelouse, change les ampoules, monte les meubles. Ensemble, ils gardent des bêtes, des enfants et relèvent le courrier. Leur service ultime: Bernd et Lisbeth se proposent d’apparaître en Père Fouettard et en Saint-Nicolas lors d’animations. Tout travail mérite salaire, les honoraires de Rent a Rentner sont fixés par les retraités et payés en main propre. L’inscription sur la plateforme internet, elle, est gratuite.

«Louez une vieille peau»

Sur le site, mieux vaut être doté d’un bon second degré. «Louez une vieille peau»: le ton est donné, et il risque de décoiffer le peu de cheveux restants sur la tête d’un senior. Mais c’est voulu: «Il est important pour nous de préciser que ces expressions n’ont en aucun cas un caractère irrespectueux, bien au contraire», explique le concepteur Peter Hiltebrand, lui aussi à louer. «Si l’on parle de vieux sacs et de vieilles boîtes, c’est parce qu’ils sont synonymes d’expérience, de qualité, de caractère. C’est avant tout de l’autodérision.» Il n’empêche que le concept séduit: 6000 personnes âgées proposent leurs services. De la déclaration d’impôts à l’accompagnement au thé dansant, tout y est.

«La retraite m’a fait peur»

Le but du site est aussi de permettre que des années d’expérience, la qualité et le savoir de la vieille école ne soient pas complètement perdus. «Beaucoup de retraités préfèrent rester actifs, la relation avec des tiers nous permet de rester jeunes et en forme», analyse Lisbeth. «Et, soyons honnêtes: un petit complément financier à l’AVS est bienvenu pour beaucoup d’entre nous.» Cette Anglaise d’origine, mariée depuis quarante ans avec Bernd, s’est occupée toute sa vie durant d’enfants souffrant de handicap mental.

Pour entamer l’ourlet du pantalon qui lui a été confié, elle change de lunettes. «Il y a trois ans, j’ai fait une petite dépression lorsqu’on m’a mise à la retraite. On ne m’avait pas bien préparé à cette immensité du temps, à ce gouffre des jours. Et ça m’a fait peur.» Une amie lui parle de Rent a Rentner, créé en 2009. L’idée la séduit et Bernd aussi. Depuis, la retraite lui pèse un peu moins. Elle en profite, même. «Les vieux qui tremblent un peu, de voir vieillir la pendule d’argent qui ronronne au salon, qui dit oui, qui dit non, qui dit je vous attends», c’est du Brel. Les retraités adeptes du site délaissent quelques heures cette pendule du salon, trompent le temps et s’amusent, c’est le plus important.


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