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Un cochon évacué d’un avion avant l’envol.
© AP

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Chéri, il y a un cochon dans l’avion

Aux Etats-Unis, les «emotional pets» font fureur et l’objet de dérives. Des compagnies aériennes durcissent leurs règles, histoire d’éviter que des passagers ne cherchent à faire passer, en cabine, des paons, serpents ou singes, sous prétexte qu’ils sont des «soutiens psychologiques»

Vol Swiss LX22 Genève-New York, 6 janvier 2018. A l’arrivée, l’attente est longue. L’aéroport JFK est sous un manteau de neige et de glace depuis plusieurs jours, les passagers sont priés d’attendre patiemment – plus de trois heures! – dans l’avion avant de pouvoir débarquer. Parmi eux, un beau molosse beige, aux pieds de sa maîtresse. Un molosse dans la cabine? «C’est un «emotional pet», nous apprend un steward, qui lui aussi ronge son frein, à l’arrière de l’appareil. Ces animaux voyagent gratuitement. Ils servent de soutien émotionnel à des gens bipolaires, anxieux, qui ont peur de l’avion, ont des crises de panique ou qui, par exemple, vivent un deuil.» Une spécificité américaine. Ah, et cela ne pose pas de problèmes?

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Si, justement. Le molosse en question était tout à fait brave, mais les abus sont nombreux. Pas besoin d’être handicapé, aveugle ou d’avoir des difficultés motrices, ni d’être vraiment anxieux pour que son animal de compagnie préféré puisse être reconnu dans son rôle de «soutien émotionnel». Un médecin bienveillant (ou peu scrupuleux, c’est selon) qui confirme un petit travers à son maître, et hop, le tour est joué: Médor peut échapper à la soute et voyager à côté de son patron.

Pas d’entraînement

Bien sûr, certains animaux jouent ce rôle le plus sérieusement du monde. Des vétérans souffrant de stress post-traumatique y recourent. Mais pour d’autres, on a le droit d’émettre quelques doutes quant à leurs capacités thérapeutiques. Surtout quand il s’agit de canards ou d’araignées. Ces animaux n’ont reçu aucun entraînement spécifique. Rien à voir avec les «animaux d’assistance» ou chiens guides pour aveugles, qui, eux, suivent des cours stricts et sont éduqués dans un but bien précis. Les emotional support animals, ESA pour les intimes, sont avant tout des doudous sur pattes. Et les Américains en abusent sérieusement.

Une loi sur les transporteurs aériens de 1986 autorise les passagers à prendre gratuitement en cabine tout animal dit d’assistance ou de «soutien émotionnel»

Sur Internet, il existe toute une industrie de faux certificats pour animaux de «soutien émotionnel». Ils peuvent être obtenus en 48 heures. Un thérapeute vous pose quelques questions en ligne, vous dites que vous êtes en dépression, que votre animal est indispensable à votre bien-être mental, et le tour est joué. Il est aussi possible de commander sur Amazon, pour 30 dollars, un harnais indiquant «emotional support». C’est une loi sur les transporteurs aériens de 1986 (Air Carrier Access Act) qui autorise les passagers à prendre gratuitement en cabine tout animal dit d’assistance ou de «soutien émotionnel».

L’épisode Dexter

La semaine dernière, Dexter a fait parler de lui. Il a même déchaîné les passions. Dexter est un paon, qui a son propre compte Instagram. Il n’hésite d’ailleurs pas à poser avec sa patronne, nue. Elle cherchait à l’embarquer sur un vol de United Airlines, reliant New York à Los Angeles. Elle était même prête à payer un deuxième siège pour son encombrant volatile. Mais trop c’est trop, a dû penser la compagnie. Non seulement Dexter a été interdit de vol et a dû se résoudre à voyager en voiture, mais United Airlines a décidé, pour des raisons de sécurité, de se monter plus ferme à l’égard de ce type d’animaux, dont la présence dans les avions a augmenté de 75% en une année. La compagnie assure que la réflexion était déjà en marche avant l’épisode Dexter. Certificat ou pas, certains animaux sont déjà non grata, indépendamment de leurs vertus psychologiques. C’est le cas des hérissons, des rongeurs et des «animaux à mauvaise odeur».

Contactée, la compagnie Swiss confirme autoriser ces animaux de «soutien émotionnel» sur tous les vols vers et depuis les Etats-Unis, y compris avec escale, pour autant que le passager dispose d’un certificat médical «établi au maximum un an avant le voyage». Mais le risque de se retrouver à côté d’une dinde, d’un cochon ou d’un wapiti dans un avion à croix blanche est inexistant. «Swiss accepte uniquement les chiens comme emotional pets», souligne la porte-parole Meike Fuhlrott, qui confirme qu’ils voyagent gratuitement.

Elle admet qu’il est déjà arrivé que des passagers se sentent importunés, «mais ces cas sont extrêmement rares». Le seul fait d’avoir une bête en cabine, aussi calme soit-elle, peut surprendre et déranger des passagers. Les risques d’allergie, d’asthme, de morsure ou d’odeurs sont là. A cela s’ajoute l’incompréhension ou la jalousie de la part de maîtres qui paient pour voyager avec leur petit chien ou chat en cabine et doivent reléguer les plus gros en soute. Voire les tensions avec les vrais animaux d’assistance. Et puis, il y a toute la gamme de bruits possibles. Un paon, par exemple, ça peut criailler et paonner très fort.

Chez Delta, une augmentation de 150% en 2017

Les compagnies américaines ont régulièrement des plaintes. En 2014, un cochon de «soutien émotionnel» a été éjecté d’un avion avant l’envol après avoir déféqué dans le couloir. Le 19 janvier dernier, un passager d’un vol de Delta Airlines, coincé contre le hublot, a été mordu à deux reprises par son voisin canin, un labrador assis sur les genoux de son patron. Résultat: 28 points de suture et un nez plutôt amoché. Dès le lendemain, Delta a, comme American Airlines, annoncé qu’elle serait plus sévère à partir du 1er mars.

Des propriétaires d’animaux courent aussi chercher des attestations chez leur médecin pour contourner des règlements de régies immobilières

Elle n’en peut plus des propriétaires de chiens mal éduqués et des passagers qui tentent de faire passer «des dindes, des opossums, des serpents, des araignées et bien plus», souligne-t-elle dans un communiqué. Désormais, Delta exigera, en plus du certificat médical du maître, un carnet de vaccination complet ainsi qu’un document prouvant que l’animal saura se tenir dans un avion. Une manière de se blinder juridiquement en cas de dérapages. A elle seule, la compagnie a transporté plus de 250 000 animaux en cabine l’an dernier, 150% de plus par rapport à 2016. Les incidents ont aussi pris l’ascenseur: ils ont augmenté de 84% en un an.

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Les avions ne sont pas le seul endroit où l’on croise ces ESA. Des propriétaires d’animaux courent aussi chercher des attestations chez leur médecin pour contourner des règlements de régies immobilières. «No pets», vraiment? Un animal de «soutien émotionnel» détient presque tous les droits, et peut faire valser les règlements les plus stricts. Même combine pour aller dans un restaurant avec son animal. Ivana Trump, l’ex-femme du président américain, l’a fait, avec son yorkshire, dans un restaurant de Manhattan interdit aux animaux. Un client s’en est offusqué sur Internet, soulignant qu’«elle le laissait même grimper sur la table». Il a appelé le patron, qui lui a répondu qu’Ivana Trump avait un certificat justifiant son recours à un animal de «soutien émotionnel». L’histoire ne dit pas ce qu’elle a mis en avant pour l’obtenir.

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