Arbres de légende en Suisse romande (3)

Au chevet du plus grand mélèze d’Europe

Il a entre 850 et 1000 ans et près de 10 mètres de circonférence. Mais le géant d’Isérables est fragilisé par les vaches et les randonneurs qui piétinent ses racines

Au chevet du plus grand mélèze d’Europe

Il a entre 850 et 1000 ans et près de 10 mètres de circonférence

Mais le géant d’Isérables est fragilisé par les vaches et les randonneurs qui piétinent ses racines

Il s’appelle Bala 20, pour être le 20e grand mélèze de l’alpage de Balavaux en comptant depuis le sommet. Autour de lui, ils sont 250 géants, parsemés dans le pré au-dessus du village d’Isérables en Valais. Bala 20, ainsi baptisé par l’Institut de dendrochronologie de Neuchâtel, est le plus grand mélèze d’Europe, avec 9,10 m de circonférence à hauteur de poitrine humaine. Il aurait entre 850 et 1000 ans et 30 mètres de hauteur, ­selon le garde forestier François Vouillamoz.

Il n’existe pas d’indication plus précise parce que le service forestier refuse une procédure de carottage pour le dater précisément. «Leurs racines pourrissent, endommagées par le passage du bétail et par celui des visiteurs», explique-t-il. «Il est aussi possible qu’une partie du tronc soit pourri, raison pour laquelle nous ne voulons pas qu’on fasse un trou dans le plus grand mélèze d’Europe. Les seuls qui auront touché à son tronc, ce sont les bergers d’antan qui récoltaient sa résine, par exemple pour allumer leur feu.» Ou pour ses vertus médicinales diverses.

A deux ou trois mètres de hauteur, le tronc de Bala 20 se sépare en deux. «Quand il avait entre 30 et 40 ans, le poids de la neige a dû briser la branche sommitale. Le mélèze est ensuite devenu bifide.» Côté pente, une «loupe» tord son tronc dans une énorme bosse. «C’est une excroissance formée souvent par une grappe de branches qui poussent sous l’écorce», raconte François Vouillamoz. L’arbre a perdu plusieurs de ses branches les plus basses. Le mélèze laisse tomber ses aiguilles en hiver pour éviter le poids de la neige qu’elles retiendraient. Mais parfois l’or blanc tombe très mouillé et très lourd, à l’entre-saison.

Balavaux est un pâturage depuis 1350. «Les anciens ont déboisé, mais ils ont laissé quelques mélèzes pour éviter les avalanches», explique François Vouillamoz. «On les remercie de nous avoir laissé un tel patrimoine.» Le pré en cuvette, orienté sud-ouest, a permis aux arbres de grandir à l’abri. «C’est pour cela qu’ils sont devenus aussi grands», estime-t-il.

Depuis une trentaine d’années, les gardes forestiers plantent çà et là, protégés du bétail et des skieurs, de jeunes mélèzes. Ils devront remplacer, dans un quart de siècle, les 250 ancêtres qui tombent, un par un, chaque année. Au mois de mai dernier, un mélèze de 550 ans a craqué à mi-tronc sous l’assaut des flammes. Les locataires de l’alpage avaient allumé un feu pour brûler des branchages. Trop près des racines du mélèze qui s’est consumé de l’intérieur pendant 36 heures, malgré l’intervention des pompiers. Une plainte pénale a été déposée contre les locataires de Balavaux.

L’avenir de ce patrimoine est fragile. «Nulle part au monde on ne trouve un si grand nombre de mélèzes remarquables», estime Michel Brunner dans son livre Arbres géants de Suisse. Bala 20, surtout, est devenu très précieux aux yeux des gardes forestiers qui viennent d’obtenir l’autorisation de construire une passerelle autour de son tronc pour que randonneurs et bêtes ne lui piétinent plus les racines.

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