Les Suissesses délaissent la pilule au profit d’autres moyens de contraception. Voilà le constat principal d’une étude menée entre 1992 et 2017 par l’Office fédéral de la statistique (OFS) dont les résultats ont été publiés lundi.

Si, en 2017, l’Observatoire suisse de la santé (Obsan) établissait qu’une femme sur quatre avalait chaque jour le petit œstroprogestatif, son emploi est tout de même passé de 72% à 54% en vingt-cinq ans pour la population féminine âgée de 15 à 49 ans. Ainsi, la pilule représente désormais 31% des moyens de contraception utilisés contre 42% pour le préservatif. Cet état de fait est particulièrement prégnant chez les jeunes femmes de moins de 35 ans dont 62% avaient recours à la pilule en 1992, contre 39% en 2017.

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Est-ce une surprise? Pas vraiment. Les autrices et auteurs de l’étude concluent notamment que «les baisses observées pour certaines méthodes de contraception [comme la pilule ou la stérilisation] s’expliquent par l’augmentation d’autres méthodes de contraception et ne se sont pas traduites par une augmentation du nombre de grossesses non voulues et interrompues.» C’est là un autre constat: l’utilisation globale de contraceptifs a, elle, augmenté.

Diversification et retour au naturel

Cette croissance s’explique donc, entre autres, par la diversification des moyens à disposition mais aussi par une considération renouvelée des méthodes dites «naturelles», à l’instar de la symptothermie [suivi de plusieurs paramètres physiologiques dont la température, ndlr], facilitées par les applications de suivi du cycle menstruel. Les auteurs citent encore le recours à la contraception réversible de longue durée d’action (LARC), tels l’implant, le stérilet hormonal ou au cuivre (DIU) qui sont aujourd’hui davantage proposés par les gynécologues.

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«Concernant la pilule, la baisse s’observe effectivement davantage chez les jeunes femmes, également à cause des scandales qui ont touché la pilule combinée de 3e ou 4e génération. Elles se dirigent donc de plus en plus vers d’autres contraceptions incluant celles sans hormones», précise Yara Barrense-Dias, responsable de recherche à Unisanté et co-auteure de l’étude.

En effet, les pilules oestroprogestatives de 3e et 4e génération ont fait parler d’elles à travers plusieurs ouvrages et enquêtes, entraînant une prise de conscience quant à leurs risques potentiels. Après un AVC lié à sa pilule, la Française Marion Larat avait publié La pilule est amère, et d’autres lui ont emboîté le pas, comme la journaliste Sabrina Debusquat qui, dans J’arrête la pilule, puis Marre de souffrir pour ma contraception, fustigeait ses risques et effets indésirables.

Le préservatif: oui et non

Rien d’étonnant, donc, à ce que le préservatif – qui n’est pas seulement un contraceptif, mais aussi un rempart contre les infections sexuellement transmissibles – reprenne du galon. Il est cependant moins utilisé par les jeunes, notamment les hommes. «En comparaison européenne, on reste à un taux d’usage très satisfaisant et surtout dans des situations à risques (partenaires occasionnels etc.), mais il est vrai qu’on constate une légère baisse dans cette population. Il faut redoubler d’effort dans les campagnes de sensibilisation à son sujet», souligne encore Yara Barrense-Dias.

La stérilisation masculine comme féminine connaît également une baisse, vraisemblablement en raison de l’arrivée du stérilet plébiscité par les jeunes femmes, qui continuent ainsi à porter la plus grande part de la charge contraceptive.