Les animaux de compagnie n’ont jamais autant attiré l’attention des voleurs. Leur cible principale: les chiens, et si possible les chiots. Et pour parvenir à leurs fins, les méthodes employées par les malfrats peuvent être brutales. Depuis le premier confinement, les vols de canidés se multiplient en France, aux Etats-Unis et au Royaume-Uni.

Des pourcentages en hausse

Dans ce pays connu pour son amour des chiens, 2,2 millions de personnes ont acquis un animal au cours des six premiers mois de la pandémie, signale le Daily Mail. Seulement, depuis le mois de mai, les recherches «dog theft», lancées par des propriétaires inquiets – «vol de chien», en anglais – ont augmenté de 450% sur Google Trends. En février déjà, le Yorkshire Post écrivait que les vols de chiens avaient augmenté de 170% en un an. Même constat aux Etats-Unis. Le 3 mars 2021, l’organisation à but non lucratif Adopt-a-Pet.com a mis en garde les Américains contre l’augmentation des vols d’animaux par des voleurs «effrontés.»

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Certes en Suisse, l’engouement pour les adoptions reste relatif. Selon les statistiques d’Identicas, depuis mars 2020, les enregistrements ont augmenté de 3%. L’obligation de suivre 4 heures de cours et d’obtenir un permis avant toute adoption dans le pays depuis 2008, y est-elle pour quelque chose? Mais ailleurs, les adoptions sont légion. Le groupe industriel Nestlé a d’ailleurs précisé dans un communiqué publié en octobre 2020 que ce sont les produits pour animaux de compagnie qui ont le plus contribué à sa croissance durant les neuf premiers mois 2020.

Que ce soit pour rompre leur solitude, obtenir un soutien émotionnel ou concrétiser enfin un projet de longue date, nombre de citoyens et citoyennes se sont en effet tournés vers l’adoption d’un animal domestique en raison du covid-19. Parmi ceux-ci, les chiens figurent en tête du classement. Et sur ce marché fructueux, plus il y a d’achats, plus les prix augmentent. Les bêtes racées, qui coûtent déjà plus de 1000 francs en temps ordinaire, ont pris davantage de valeur. Une hausse de prix qui entraîne la convoitise des voleurs.

Un contrat sur la tête

Dans une enquête publiée le 9 juin, Le Figaro indique que les forces de l’ordre en France ont reçu 150 signalements, contre 90 en 2018. La brigade de protection animale affirme que les auteurs de ces vols de chiens agissent en pleine rue, en coupant les laisses ou en enlevant l’animal dans un véhicule, aux domiciles des particuliers, en les cambriolant ou en se rendant dans leur jardin, mais aussi sur demande. «Il existe des contrats sur la tête de chiens repérés en amont, exécutés par certains spécialistes du rapt», déclare un bénévole au quotidien.

Ce qui frappe particulièrement, c’est la brutalité avec laquelle ces vols peuvent être commis. Le Figaro relate, entre autres, le témoignage de la propriétaire d’un American Staff Bully. En septembre dernier, vers 7 heures du matin, un homme l’a interrogée sur l’âge, la race et le tatouage de sa chienne avant d’attraper l’animal et de l’embarquer dans sa voiture. «Il tirait tellement fort que Lina commençait à s’étrangler avec son collier, détaille-t-elle. Il a démarré en trombe. J’ai été traînée au sol sur quelques mètres».

Sa chienne n’avait que quelques semaines. Un élément privilégié par les voleurs, car les chiots sont prisés par les futurs propriétaires et leur prix peut atteindre des dizaines de milliers de francs, d'autant que souvent ils ne sont pas encore pucés et tatoués. Ils sont aussi très recherchés parce qu'ils ne sont pas encore stérilisés et peuvent donc être accouplés et donner une portée.

Le statut de bien personnel

Des «fermes à chiots» illégales se sont montées pour répondre à la demande de ce marché parallèle, qui sévit principalement via les petites annonces et posts sur les réseaux sociaux. «Les gangs qui volent vos chiots», un documentaire de Vice diffusé depuis le 14 juin sur le site américain, donne notamment la parole à deux personnes actives dans ce trafic au Royaume-Uni. Elles y détaillent leurs procédés et affirment que 70% de la demande de chiens est satisfaite par des fermes implantées en Europe de l’Est.

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Le vol d’animaux domestiques est un délit courant, mais la pandémie l’a particulièrement exacerbé. La législation ne dissuaderait pas suffisamment les auteurs de passer à l’acte. Ainsi, comme le résumait The Times en mars 2021: les animaux sont bien souvent «considérés comme des biens personnels, ceux qui les volent ont donc relativement peu à perdre».