C'est, littéralement, la «maladie de l'homme courbé ou ratatiné». Fortes fièvres, diarrhées, maux de tête et douleurs articulaires intenses, auxquels s'ajoute la «grattelle» (les démangeaisons), sont les symptômes du chikungunya. Cette maladie infectieuse tropicale transmise par un moustique commun touche actuellement plus de 130 000 personnes sur l'île de la Réunion, «soit 20 000 de plus que la semaine précédente», rapporte le ministre français de la Santé Xavier Bertrand.

Et les morts s'accumulent: 77 cas depuis de début de l'année, victimes directes ou indirectes par déshydratation et affaiblissement général. En premier lieu sont touchés les enfants et les personnes âgées, ceux dont les défenses immunitaires, monopolisées par l'infection, lâchent sur un autre front. Aujourd'hui, un Réunionnais sur sept est malade mais les cas seraient en réalité plus nombreux, la plupart des «chikungunyés» se soignant avec du paracétamol, sans consulter.

Sur l'île, la vie quotidienne est bouleversée. Une personne active sur dix est en arrêt de travail, les urgentistes sont dépassés.

A la gauche française, qui reproche le laxisme du gouvernement, Dominique de Villepin répond en annonçant l'augmentation drastique des moyens médicaux d'urgence et de la recherche. Xavier Bertrand a sollicité jeudi «l'ensemble des laboratoires» français pour qu'ils mobilisent «toute la pharmacopée» dans la lutte contre le virus. Il s'agit de découvrir vite «comment et pourquoi ce virus passe de la mère à l'enfant, apparaît et disparaît, revient chez les mêmes personnes en quelques semaines». L'ampleur de cette pathologie réémergente crée «une situation nouvelle, qui n'a jamais été anticipée et prévue par aucune thèse scientifique», affirme le ministre de la Santé, rappelant que jusqu'à présent, «les scientifiques pensaient que le chikungunya ne tuait pas».

Démoustication avant tout

A ce jour, aucun vaccin ni moyen préventif n'existe. Le traitement se réduit à des antidouleur et anti-inflammatoires. L'urgence se concentre donc sur la lutte antivectorielle et la démoustication de l'île. Dès le 27 février, le nombre de personnes employées à cette tâche passera à 3600. Mais cette éradication par des moyens massifs a aussi ses revers: les insecticides utilisés ont déjà causé des malaises chez des enfants et tué des oiseaux.

Le chikungunya a été repéré une première fois en Tanzanie et en Ouganda dès le début des années 50. D'où son nom swahili. Le virus a fait depuis des apparitions récurrentes en Afrique et en Asie du Sud, en Inde et au Pakistan. L'épidémie actuelle a commencé aux Comores en 2005, pour atteindre La Réunion en mars de l'an dernier. Après un premier pic en mai, l'épidémie s'est essoufflée puis a repris de plus belle dès octobre. D'autres pays au sud-ouest de l'océan Indien sont atteints. L'île Maurice et les Seychelles dénombrent des cas, vraisemblablement minimisés par crainte d'un désastre touristique. Sur l'île de Mayotte, les malades seraient 1400.

En Suisse, l'Office fédéral de la santé publique (OFSP) renvoie aux recommandations françaises. Celles-ci restent peu alarmistes, mais soulignent les dangers de se rendre à La Réunion pour les jeunes enfants, les personnes âgées et les femmes enceintes.