Environnement

Sans chimie, un potager est plus fort

Pas besoin de pschitter des produits de synthèse pour avoir des plantations de rêve. Christian Bavarel, du Jardin botanique genevois, donne ses conseils écolos pour protéger ses plantes sans sentiment de culpabilité

Cette fois, c’est décidé. Mon balcon sera fleuri tout l’été. Et, tiens, il y aura aussi des tomates, des fraises et des herbes aromatiques. Virée du samedi chez un grossiste, caddie bien rempli, dimanche passé à planter, douce euphorie. Qui n’a pas duré. Quelques semaines après cet élan printanier de l’an dernier, roses, basilic et autres dahlias ont montré des signes de déclin pour finir par mourir en juin.

D’avis de spécialistes, les pucerons avaient sonné la charge et j’aurais dû pschitter un traitement bien musclé, car, avec les limaces et les chenilles, les pucerons sont les principaux indésirables de nos plantations. Christian Bavarel, jardinier aux Conservatoire et Jardin botaniques de Genève, les appelle les «ravageurs» et donne ses conseils pour les éradiquer. Mais attention, de manière biologique, car il n’est pas question de polluer la planète, même pour la beauté d’une tomate écarlate.

«Oui, et de toute façon, nous avons de biens meilleurs résultats qu’avant notre reconversion biologique entamée en 2015, observe le spécialiste. En rendant les jardins résilients, c’est-à-dire en leur donnant les moyens de lutter contre les indésirables à travers la biodiversité, nous avons beaucoup moins de maladies qu’à l’époque où nous utilisions des produits phytosanitaires de synthèse. Donc, même en termes d’efficacité, la culture biologique est plus performante!»

Le bon arrosage, la base

Quelles sont les méthodes naturelles pour éviter les assauts? «Avant de les détailler, ce premier point important, commence Christian Bavarel: un jardin sain est un jardin bien arrosé. Or, comme tous les sols ne sont pas identiques, seul le doigt peut indiquer l’hygrométrie idéale.» Le doigt? «Oui, vous devez planter votre index dans la terre pour sentir sa consistance. Si la terre est humide comme une éponge qu’on aurait imbibée, puis serrée, c’est OK. Si elle est plus humide, la plante se noie. Si elle l’est moins, elle sèche.» En moyenne, un jardin doit recevoir chaque semaine 20 litres d’eau par m² et être arrosé le matin ou le soir, pour «éviter l’effet de loupe de l’eau au soleil et les brûlures qui peuvent en découler».

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Les parasites, à présent. Que le jardinier appelle donc les ravageurs. «A ce sujet, tout est question de proportion. On peut se permettre quelques chenilles, tant que leur présence ne se transforme pas en invasion. N’oublions jamais que lorsqu’on tue une chenille, on tue aussi un papillon…» OK, mais en attendant, je contemple mon chou rouge en train de se transformer en dentelle et je suis à deux doigts d’utiliser un traitement chimique carabiné, parce que je n’ai pas envie de tout perdre. «Pas besoin de chimie, sourit le spécialiste. Le prédateur de ces légumes est la piéride du chou, une petite chenille dont on se débarrasse facilement en installant un nichoir pour mésanges. Un couple de mésanges avale plusieurs centaines de chenilles par jour pour nourrir les petits. Redoutable!»

Alien dans le potager

Parfois, ce sont les pucerons qui gâchent la fête, surtout sur les rosiers. Mais là encore, vaporiser un produit de synthèse s’oppose au désir de nature sur le balcon. «On a deux solutions écologiques, rassure Christian Bavarel. La plus simple, à petite échelle, consiste à diluer une cuillère à café de savon bio dans un litre d’eau et à répandre cette préparation sur les rosiers un jour où il fait chaud. Le savon ramollit la carapace du puceron qui absorbe ainsi mieux le produit et sèche.»

A grande échelle, les jardiniers du Jardin botanique font parfois un lâcher d’auxiliaires. De préférence des syrphes. Soit des larves de guêpes d’un millimètre qui pondent dans les pucerons et les exterminent de l’intérieur en s’y développant. «C’est un peu Alien, si vous voulez.» Nausée. «Oui, la nature est parfois assez trash», observe le spécialiste.

Et les limaces?

Et les limaces qui, sur les salades, copieusement se prélassent? «Il y a aussi plusieurs techniques. On a beaucoup parlé de la soucoupe remplie de bière, car, en effet, attirées par cette boisson, elles finissent noyées. L’ennui, c’est que la bière attire toutes les limaces du secteur!» Il vaut mieux entourer la plante de marc de café, de rhubarbe ou fougères séchées et broyées.

«Si vous êtes chanceux, vous avez encore des vers luisants dans votre potager. Or, aussi petit soit-il, cet insecte est un redoutable prédateur de limace. Il la mord, la liquéfie et la gobe.» Re-nausée. «Mais il n’y en a presque plus. On a tué le ver luisant avec le métaldéhyde, ces grains bleus chimiques qu’on a beaucoup employés contre les limaces, justement…» Le sel n’est-il pas aussi utilisé parfois pour liquéfier les rampantes? «Oui, mais le sel n’est pas bon pour les plantes.»

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Et comme la nature est assez délicate, il faut encore se méfier de l’oïdium, champignon qui attaque la pomme de terre, la tomate, la laitue ou les courges, sans oublier les vignes. «Là, c’est intéressant, car pour combattre ce champignon, on invite un autre champignon, mais qui s’occupe de protéines animales et, du coup, n’est pas toxique pour la plante. Il s’agit du champignon du lait, que vous pouvez facilement attirer chez vous en diluant un décilitre de lait dans un litre d’eau que vous pulvérisez sur la plante de manière préventive. Face à cette attaque, la plante durcit la cuticule de ses feuilles et se renforce. Sur ce modèle, les vignerons de Lavaux vaporisent du petit-lait par hélicoptère pour protéger leurs vignes sans polluer.» Mais si c’est trop tard et que les points blancs sont déjà là, que fait-on? «Vous pouvez répartir sur la plante malade du bicarbonate de soude ou de l’huile de fenouil.»

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Un ange passe. Ou plutôt une mésange (la prédatrice des chenilles, si vous avez bien suivi…). Le temps de se demander pourquoi on s’est tant éloigné de ces méthodes naturelles et efficaces, sachant que nombre de particuliers utilisent encore aujourd’hui des produits chimiques pour booster et traiter leur potager. «A la sortie de la Seconde Guerre mondiale, il a fallu nourrir vite et bien une humanité affamée. D’où la reconversion des usines chimiques d’explosifs en productrices d’engrais à base d’azote et de nitrate.»

Christian Bavarel poursuit: «Ces substances ont permis de stimuler l’agriculture au niveau mondial, avec les conséquences écologiques que l’on sait. Avec l’essor industriel des trente glorieuses, il a fallu aussi augmenter les rendements agricoles, puisqu’on avait moins de mains pour travailler la terre. Aujourd’hui, ces traitements chimiques sont dénoncés et on essaie de les remplacer. Nous sommes en discussion à ce sujet avec la Fédération genevoise des jardins familiaux pour faire passer ce message à ses affiliés. Mais, même si le péril écologique est grand, les mentalités mettent du temps à évoluer.»

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