La Chine ne vit plus dans sa bulle. Comme rarement, elle a reconnu ne pas être à l'abri des conséquences du réchauffement climatique et surtout en avoir très largement souffert ces dernières années. Dans le livret blanc sur le réchauffement climatique dévoilé mercredi, les autorités chinoises ont peint un portrait apocalyptique de la transformation en cours de leur pays. Alors que les températures mondiales ont augmenté en moyenne de 0,74° Celsius depuis le début du XIXe siècle, la température moyenne en Chine s'est élevée de 1,1°C. Le pays aurait connu vingt et un hivers doux depuis 1986, le dernier en date étant le plus chaud jamais enregistré depuis le début des études météorologiques chinoises en 1951. Dès lors, «les phénomènes climatiques extrêmes, comme les températures élevées, les fortes pluies et les sévères sécheresses, se sont accrus en fréquence et en intensité. [...] La température à la surface de la mer et le niveau de la mer se sont élevés de 0,9°C et de 90 mm pendant les trente dernières années».

Prévisions apocalyptiques

Si le portrait de la Chine actuelle n'est guère réjouissant, les prévisions officielles s'avèrent encore moins gaies. «Il est probable qu'il y aura une baisse des rendements des trois principales récoltes (blé, riz et maïs), [...] une accélération de la décomposition des éléments organiques dans le sol, une désertification accélérée, [...] un risque accru des épidémies pour les troupeaux. [...] Le réchauffement climatique renforcera les crues dans le nord et intensifiera le manque d'eau et la contradiction entre l'offre et la demande en eau. [...] La hausse du niveau de la mer affaiblira les capacités de drainage des eaux publiques dans les zones côtières et endommagera les fonctions des ports.»

Même si ses auteurs essaient de cacher la responsabilité actuelle de leur pays en expliquant que «les émissions chinoises de gaz à effet de serre ont été très basses», ils indiquent en conclusion que «le monde entier, sans exception, se retrouve face au défi du changement climatique. La solution demande des efforts joints de tous les pays et de la communauté internationale entière». En raison de la reconnaissance du principe de responsabilités communes mais différenciées, «le niveau des responsabilités historiques, le niveau et l'état du développement et les capacités et voies de contribution varient.» Ils réclament donc, au nom des pays en voie de développement, l'aide des pays développés.

Perte de compétitivité

Ainsi, «la Chine jouera son rôle en tant que pays en voie de développement pour s'attaquer au changement climatique, mais l'un des prérequis est que les pays développés fournissent des fonds et des transferts de technologie», a assuré hier mercredi Gao Guangsheng, l'un des responsables de la Commission de développement national et de réforme. Lin Erda, l'un des principaux négociateurs chinois, avait auparavant expliqué que le programme de développement des Nations unies avait estimé le coût d'adaptation pour les pays développement entre 86 et 109 milliards de dollars par an mais que les pays développés n'avaient jusqu'alors apporté qu'entre 5 et 10 milliards.

«Plus de 90% de la technologie avancée liée au changement climatique se trouve aux mains des pays développés mais ils sont réticents à l'apporter aux pays en voie de développement par peur de perdre leur compétitivité», a poursuivi Gao Guangsheng. Lors d'une conférence de haut niveau organisée le 7 novembre à Pékin par les Nations unies et le gouvernement chinois, la Chine proposera ainsi un nouveau mécanisme permettant tout à la fois une meilleure protection de la propriété intellectuelle et le développement de nouvelles technologies. Le sommet Chine-Europe du 1er décembre à Lyon, où le thème du climat sera probablement central, s'annonce bouillant.