C'est une thèse qui gagne du terrain: en se convertissant au capitalisme, la Chine en a démontré l'absurdité. «Le modèle économique occidental - centré sur l'automobile et l'économie du gaspillage - ne fonctionnera pas avec la Chine, a expliqué, lundi à Pékin devant la presse internationale, Lester Brown, directeur du Earth Policy Institute de Washington. Si cela ne fonctionne pas avec la Chine, cela ne fonctionnera pas non plus avec l'Inde ni avec les autres pays qui convoitent le rêve américain.»

Il y a dix ans, le chercheur américain mettait en garde Pékin dans un ouvrage intitulé Qui nourrira la Chine?. Il y a peu, un éditorial du Quotidien du peuple ironisait en soulignant l'autarcie alimentaire de la Chine. Mais à quel prix? La Chine utilise deux fois plus d'engrais pour produire la même quantité de céréales que les Etats-Unis. Les sols sont surexploités, la désertification progresse rapidement.

Dans son dernier ouvrage (traduit en chinois) - Plan B 2.0, Rescuing a Planet Under Stress, Lester Brown aligne ces chiffres: Au rythme actuel de croissance, la Chine aura atteint le niveau de consommation par habitant des Etats-Unis d'ici 2030. Elle engloutira alors deux tiers de la production céréalière mondiale actuelle et deux fois plus de papier que l'ensemble de la consommation mondiale actuelle. Les Chinois qui auraient alors 1,1 milliard de véhicules auraient besoin de 99 millions de barils de pétrole par jour alors que la consommation mondiale actuelle est de 84 millions de barils.

Pour éviter cette absurdité, la planète doit impérativement s'engager vers un nouveau modèle économique favorisant les énergies renouvelables et intégrant les coûts écologiques de la production. Sans quoi, «nous pourrions approcher du point de non-retour».