C’est une image que l’on a presque tous en tête depuis le début de la pandémie: notre visage, souvent peu à son avantage, déformé par un écran. Et si notre travail implique des visioconférences quotidiennes, c’est un portrait que l’on peut même observer à outrance, à raison d’une dizaine d’heures par jour. Pour peu que l’on soit déjà agacé par un double menton ou des poches sous les yeux, ce miroir, aux lumières plus ou moins flatteuses, peut devenir une petite torture.

Se regarder en train d’être vu

Une vision peu reluisante, qui peut alors amplifier ou révéler des complexes qui étaient tout à fait anodins lorsque notre trombine ne nous apparaissait pas en permanence sous le nez, comme l’explique la philosophe et psychanalyste Elsa Godart: «Si les adolescents passent leur temps à faire des selfies, ce n’est pas le cas des adultes actifs qui, au contraire, n’ont pas l’habitude de se voir à travers le virtuel. Et sur Zoom, on se regarde en train d’être vus: je me regarde et je regarde les autres me regarder. C’est une image qui n’était pas présente avant, mais, depuis un an, on se recentre sur soi. On n’a que ça à faire, puisqu’on est confinés avec soi-même en permanence. On est davantage fragilisés. Donc, même si certains problèmes esthétiques existaient peut-être déjà, quelque chose est devenu intolérable.»