Saveurs du français

Chocottes, des dents qui frémissent

On en conviendra, nous commençons de manière gentille. Le mot «chocottes», l’expression «avoir les chocottes», on connaît: c’est avoir peur, voilà tout. Point barre. On peut passer à autre chose, et rendez-vous à l’été 2016.

Mais ces chocottes, puisqu’elles sont plurielles (32, en principe), ne laissent pas d’intriguer. Oui, la tournure signifie que l’on tremble devant une menace supposée, elle décrit la peur. Avec une mystérieuse provenance.

Ces dernières années, pour le retour de nos petites Saveurs du français, nous consacrions la première semaine de l’été à quelques mots glanés pendant l’année. Cette fois, ce sera la semaine prochaine. Durant les chaudes et orageuses journées qui viennent, pour saluer la 15e édition du Festival du film fantastique de Neuchâtel , nous évoquerons les mots de la peur. Telle que cette formule, «avoir les chocottes», dont l’origine demeure obscure. Le Centre national (français) de ressources textuelles et lexicales , dont l’autorité est aussi incontestable que le nom est long, résume les deux hypothèses. Une piste du côté des vieux chiffonniers, pour lesquels «chocottes» aurait d’abord exprimé un «os gras», expression dérivant ensuite vers les dents. Sinon, il faut s’orienter vers le chicot, le bout de dent pourrie. Au début du XXe siècle, le sens est saisi: il est question de dents. On étend même le terme, on parle de chocotter, quand les molaires tremblent. Louis-Ferdinand Céline évoque des «dents qui chocottent». Ainsi frissonnant, il aurait pu partager son effroi dans les salles de Neuchâtel et même sur Facebook, le bougre.