Portrait

Christine Bulliard-Marbach, merci l’aubergiste!

Toute la Singine y était. Début septembre, le village d’Ueberstorf, entre Fribourg et Berne, a retrouvé et fêté son auberge. Et pas n’importe laquelle: Zum Schlüssel est aussi une demeure historique, le cœur battant du village. L’endroit doit sa survie à la conseillère nationale et à son époux, Daniel

«Je n’oublierai jamais les remerciements des villageois.» Quelques jours après l’inauguration de l’auberge Zum Schlüssel, la conseillère nationale Christine Bulliard-Marbach (PDC/FR) est encore émue. Il faut dire que, ces dernières années, elle a retroussé ses manches pour sauver les lieux. Aujourd’hui, la bâtisse d’Ueberstorf, en Singine, a retrouvé sa fierté et son lustre d’antan. Mieux encore: elle y a gagné un nouvel élan.

La conseillère nationale arrive sur les lieux avec une brassée de roses de son jardin, qui seront réparties sur les tables. Chaque détail compte pour rendre l’atmosphère chaleureuse. A l’extérieur, les parterres de fleurs, dans les tons blancs et verts, s’accordent avec les vénérables murs. Un petit carrousel attend les enfants.

Une tribune de Christine Bulliard-Marbach: Droits de l’enfant: un défi

Des caves historiques

Le restaurant vit principalement dans sa partie bistrot où les habitués retrouveront leur tabouret de bar gravé à leur nom. La salle à manger se veut plus douillette tandis que la grande salle est fonctionnelle. Elle permettra d’accueillir les sociétés locales, mais aussi les assemblées communales et grands repas de fête. Des artistes célèbres hantent les murs. Jean Tinguely, Niki de Saint-Phalle, Daniel Spoerri et Bernhard Luginbühl fréquentaient régulièrement les lieux en compagnie de Paul Thalmann, le châtelain voisin. Demeurent leurs œuvres.

Le point d’orgue est cependant dévoilé à la fin de la visite: les caves. Soit la partie la plus ancienne. Ce serait là que fut fêté le traité de paix entre le canton de Berne et ses alliés confédérés et le canton de Fribourg et ses alliés défaits lors de la bataille de Laupen, en 1339. Christine Bulliard-Marbach en a fait un lieu ouvert. Elle a récupéré et ripoliné tout ce qui pouvait l’être pour décorer deux salles voûtées. Elle a même fait descendre la veille cuisinière en émail blanc. «Les ouvriers m’ont maudite!» dit-elle en souriant. Le résultat lui donne cependant raison. Pareil pour les escaliers en bois. «Je voulais les conserver alors que tout le monde me disait qu’ils étaient impossibles à restaurer et qu’il fallait fabriquer du neuf. J’ai insisté jusqu’à ce que je trouve un artisan qui partage mon avis», lance-t-elle en montrant le résultat.

Agricultrice et politicienne

Ce n’est pas pour rien que Christine Bulliard-Marbach a mis autant d’énergie dans cette entreprise et remis l’auberge au cœur du village. Car entre elle et Ueberstorf, c’est toute une histoire. Son père y avait une exploitation agricole. Il a été emporté par la maladie alors que la conseillère nationale avait 5 ans. Avec sa mère et sa sœur, elles sont parties vivre à Guin et le domaine a été loué.

Après sa formation d’enseignante, Christine Marbach est revenue sur les lieux. La maîtresse de classe a très vite une autre ambition: reprendre le domaine familial. Une vaste entreprise, mais elle a le soutien d’un agriculteur. Ensemble, ils pérennisent l’exploitation, aujourd’hui uniquement tournée vers les cultures de céréales. Elue au Conseil communal d’Ueberstorf, elle en sera ensuite la syndique pendant dix ans.

Un lieu en péril

Son élection à Berne ne l’a pas déracinée. Au contraire. «C’est mon village, mes gens», lance-t-elle avec fierté. Et Zum Schlüssel n’est pas n’importe quelle auberge. «C’était le lieu de rencontre du village, la dernière auberge après plusieurs fermetures, tenue par la même famille sur cinq générations. Elle était à remettre. Mais face à l’ampleur de l’investissement, les intéressés se sont désistés les uns après les autres», raconte-t-elle.

Transformer l’auberge en appartements? Impensable. La Banque Raiffeisen, qui cherche à s’agrandir, est alors d’accord d’en acheter une partie. «Nous avons eu une longue discussion en famille. Mais dans le fond, il a été très vite clair qu’avec mon mari, Daniel, qui a une agence immobilière, nous allions nous engager. C’est le cœur et la passion qui ont parlé. Et jamais nous n’avons douté de notre choix», assure-t-elle.

Le couple a trouvé un jeune chef de renom: Sascha Berther, qui a dirigé de 2010 à 2016 le restaurant Moospinte de Münchenbuchsee (BE), 16 points au GaultMillau et une étoile Michelin. Agé de 35 ans, il est membre des jeunes restaurateurs d’Europe. Il est secondé au service et à l’accueil par Romi Morf-Siffert, dont la famille possédait naguère l’établissement. Un duo de choc qui se complète pour rendre heureux jeunes et moins jeunes, gens des villes et gens des champs. Et parions que de nombreux politiciens ne vont pas résister aux invitations de Christine Bulliard-Marbach. La session parlementaire d’automne vient de commencer et Ueberstorf est à moins de 20 kilomètres du centre de Berne.

Au menu: la digitalisation

«Prendre soin de la collectivité, c’est pour moi l’essence même de la politique. Je le fais au Conseil national mais aussi à la présidence de Pays romand – Pays gourmand et du Groupement suisse pour les régions de montagne. Ce lieu est maintenant le symbole de mes engagements politiques. Il incarne ce que j’ai toujours pensé: la politique, ce n’est pas seulement parler, c’est aussi agir!»

Mais Christine Bulliard-Marbach confie n’avoir aucunement l’intention de se transformer en aubergiste professionnelle. «J’ai trouvé les bonnes personnes pour notre auberge. Et je serai engagée plus que jamais sous la Coupole», confie-t-elle. En effet, la conseillère nationale va reprendre la présidence de la Commission de la science, de l’éducation et de la culture. Avec comme plat principal annoncé pour ces prochaines années la digitalisation.


En dates

1959: Naissance à Berne.

1996: Entre au Conseil communal d’Ueberstorf (FR).

2011: Est élue au Conseil national.

2017: Inaugure l’auberge Zum Schlüssel.

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