Il fallait d'abord que des aristocrates anglais découvrent la beauté des Alpes, la chantent, la décrivent, la peignent, l'explorent et l'expliquent pour que les Suisses découvrent enfin les beautés de leur environnement et l'énorme capital touristique qui s'y cache.

Je ne sais pas à combien de milliards de francs s'évaluerait aujourd'hui l'immense et durable campagne de publicité que les Brits ont faite pour nos montagnes.

Malheureusement, les Anglais ne sont jamais venus voir les Alpes depuis Neuchâtel ou Bienne: cette magnifique vue sur les Alpes que l'on a depuis le Chasseral, cette chaîne blanche qui va du Säntis jusqu'au Mont-Blanc, constitue, à mon avis, l'un des panoramas les plus impressionnants du monde! Mais, à quoi sert-il de le dire, je ne suis pas aristocrate anglais, mon jugement ne servira pas trop le tourisme du pied du Jura ni les relations publiques d'Expo.02.

Mais, quand même: l'autre jour, en faisant le voyage de Lausanne à Zurich en voiture, en empruntant l'itinéraire Yverdon-Neuchâtel-Bienne-Soleure, j'ai, grâce à une magnifique journée de soleil, redécouvert la beauté de cette région et j'étais sous le charme. Je connais bien l'Engadine, paysage fétiche des Zurichois, et je l'apprécie: d'un coup, près de Préfargier, j'avais l'impression de voir une Engadine multipliée par cent. Vous y avez cette triple vue devant vous, à gauche les côtes douces du Jura, sous votre droite, le grand lac scintillant de lumière, et à droite, derrière le large Mittelland, les Alpes lointaines. Nulle part ailleurs, la Suisse vous paraît aussi large.

D'un coup aussi, je me suis rendu compte que l'atout numéro un d'Expo.02 – dans cette phase où personne ne peut vraiment se faire une idée de ce qu'elle sera – était ce paysage, ces lacs, cette île, ces vieilles villes, les vues splendides, les vignobles, toute cette «infrastructure» déjà existante. Qui vaut vraiment le voyage, pour elle toute seule.

Je n'ai jamais rencontré un visiteur de l'Exposition mondiale de Hanovre me disant: «L'Expo, ça allait, mais la ville de Hanovre, quelle découverte!» Tandis qu'ici, j'entends déjà les premiers visiteurs d'Expo.02 dire: «Je ne savais pas que notre pays était tellement beau de ce côté-ci.» Malheureusement, rien n'a changé depuis la découverte des Alpes: nous sommes incapables de voir et d'apprécier les belles choses qui se trouvent devant notre nez si nous n'avons pas été auparavant informés, guidés, conditionnés par l'autorité des médias, si possible venant d'une grande capitale.

Regardez le dernier numéro du magazine londonien branché Wallpaper, sur l'«alpine look» et la Suisse: vous y trouverez des photos de mode prises dans une étable, photos que nous aurions honte de prendre pour un journal local, tellement c'est kitsch. Mais, venant de Londres, produites par un super-photographe, le kitsch devient chic! Peut-être devrait-on lancer la campagne de publicité pour Expo.02 depuis Londres. Avec des photos du vignoble au bord du lac de Bienne, l'artéplage en construction au premier plan. Du coup, les Zurichois branchés trouveraient Bienne «very hype». Et viendraient regarder ces énormes plates-formes en construction et seraient, comme moi l'autre jour, saisis d'une très grande curiosité et d'une soudaine certitude qu'ici de grandes choses se feront, que l'on ne devra rater en aucun cas.