Deux jours avant de partir à la montagne, je voulais acheter, à Berne, une veste de ski dans un grand magasin. Le modèle qui me plaisait n'était plus disponible qu'en XXL (trop grand) et en SX (trop petit). Mais à moitié prix car c'était les soldes. Il n'y avait donc plus rien pour des gens «normaux» comme moi. Les soldes, c'est connu, c'est pour les nains et les géants. Je sais, je devrais acheter mon équipement de ski en automne, comme tout le monde. C'est l'une des grandes curiosités de ce monde: ces consommateurs dressés à jouer les écureuils et à acheter des habits qu'ils mettront dans l'armoire pendant six mois. Moi, je veux acheter maintenant ce dont j'ai besoin maintenant.

Pour me consoler (j'ai finalement acheté ma veste dans un magasin de sport, au prix normal), je me suis rendu au Kunstmuseum pour y voir L'hommage à Meret Oppenheim, exposition dédiée à l'une des premières vraies pop stars de l'art contemporain, comparable dans son rayonnement mondial à Madonna ou à Pipilotti Rist. Qui ne connaît pas le Déjeuner en fourrure de l'artiste bernoise, une tasse, une assiette et une cuillère emballées de fourrure, conçu en 1936? Ayant lu le numéro de février de la revue culturelle Du dédié à Meret Oppenheim, je m'attendais à voir une expo intéressante.

Je n'en suis pas revenu. Même le musée de Berne fait dans les soldes. L'hommage à Meret Oppenheim tient dans deux minuscules salles, le petit lot de pièces exposées en vrac correspondant à ce qu'on a trouvé dans les caves du musée. J'ai eu honte. Des visiteurs sont venus exprès de Paris et de New York pour admirer cette œuvre. En voyant l'étalage au rabais, grandeur SX, ils ont dû se dire que les actions de l'artiste devaient être terriblement en baisse dans «sa» ville. Est-ce qu'on aurait fait de même avec un homme? Est-ce qu'on aurait osé un hommage de ce genre à Paris pour une artiste française ou à New York pour une américaine? En fait, les soldes des grands magasins sont honnêtes. On ne nous vend pas les quelques vestes de ski trop petites sous le titre d'«hommage à la veste de ski».

Il existe, surtout en Suisse, une très longue tradition de ces hommages. On en découvre tous les jours dans les médias, surtout dans les rubriques parlant de nos chers disparus. Ce qui est nouveau, pour moi, c'est qu'ils existent aussi dans les musées. Conseil aux amis de l'art: achetez Du, n'allez pas à Berne. C'est moins cher. Et vous saurez apprécier à sa juste valeur la grande dame qu'était Meret Oppenheim.