Comment peut-on se débarrasser d'un cauchemar qui se répète régulièrement? Je ne parle pas des votations sur l'Europe, je parle des cauchemars qui viennent vous surprendre la nuit. Je pense qu'un grand nombre d'hommes partagent mon expérience: je rêve régulièrement du service militaire. Pourtant, je n'en fais plus depuis quinze ans. De plus, je n'ai pas été un soldat très malheureux. Je m'adapte bien, je sais dormir sur les bancs tremblants d'un camion en marche, j'aime la cuisine militaire et j'avoue que les cours de répétition étaient pour moi comme des vacances. Grimper sur une montagne très tôt le matin, monter la garde et attendre jusqu'au soir l'hypothétique promeneur qui pourrait entrer dans le périmètre interdit, c'était le rêve. Cela me permettait d'étudier le vol des choucas et d'observer pendant des heures la neige qui tombait et me couvrait les pieds. Grâce à l'armée, je crois savoir ce que c'est que devenir zen.

Mais je voulais parler du cauchemar, pas du bonheur militaire. Mon rêve a toujours la même structure. Je dois mettre l'uniforme pour me présenter immédiatement dans la cour de la caserne. Et naturellement, je n'arrive pas à réunir tous les éléments du déguisement. Une fois, il manque la ceinture, une autre fois le képi, la chemise, ou le pantalon. Hier, dans mon rêve, je ne trouvais pas la chemise, je portais un pull sous l'uniforme, ce qui n'est pas réglementaire non plus. C'était l'embarras total. Pourtant, depuis quelques années, j'ai intégré dans mes rêves le fait que je ne fais plus de service militaire, et je me demande chaque fois pourquoi je m'y trouve. Compliqué et traumatisé, le mec, allez-vous dire.

J'avoue que je ne souffre pas trop, mais en fait, c'est un autre rêve récent qui m'a donné l'idée de parler de mes cauchemars. Je me trouvais dans le souterrain d'une grande gare, quand j'ai vu arriver Nelly Wenger et Martin Heller. A ma surprise, ils se sont installés dans un coin, ont mis des couvertures par terre et se sont préparés à dormir dedans, comme des clochards. Je les ai salués, ils sont venus vers moi et ont dit très gentiment bonjour à mes enfants, en les appelant par leur prénom (j'adore les adultes qui savent bien se comporter avec les enfants). Je leur ai demandé pourquoi est-ce qu'ils dormaient dans la gare. Ils ont ri en me disant: «C'est parce que nous sommes fatigués, et demain nous devons reprendre le train très tôt.» En écoutant leur réponse, je me suis rendu compte que moi aussi, avec mes enfants, j'étais installé à même le sol de ce passage souterrain. En me réveillant je me suis demandé ce que je faisais dans cette gare. Marrant, non? J'aimerais tellement connaître les rêves que Christiane Brunner, Marc Suter, Pascal Couchepin, Joseph Deiss et Bärti Durrer ont faits en début de semaine. Dans les interviews, les politiciens disent toujours qu'ils dorment très bien et qu'ils ne font pas de rêve particulièrement intéressant. Je ne les crois pas.