Adölf Ogi sera donc conseiller spécial de Kofi Annan pour le sport. Il ne sait pas encore de quoi sera fait son travail. Ni qui payera ses déplacements, son bureau etcetera. Mais il a déjà donné un tas d'interviews dans lesquels il a développé un programme qui entrera dans le dictionnaire des grands mots d'hommes politiques suisses au même titre que son fameux «Freude herrscht!» Il veut, si je l'ai bien compris, remplacer la guerre par le sport: «Tschutte statt töte, seckle statt chriege, schwümme statt schiesse.» Ce qui se traduit par: «Taper dans le ballon au lieu de tuer, courir au lieu de guerroyer, nager au lieu de tirer.»

C'est vrai que tout soldat normalement constitué a envie, avant tout, de se dépenser physiquement. Peu importe de quelle façon. Si on leur offre de participer à un triathlon, ils maltraiteront une bicyclette et non de pauvres femmes et enfants. Et les généraux? Il n'y a qu'à leur offrir des billets d'entrée pour les grandes manifestations sportives. Ils oublieront la guerre, juré!

Le sport, c'est mieux que la guerre, c'est moins cher et ça fait moins de victimes. Regardez les Talibans: s'ils connaissaient les plaisirs du hockey sur glace, ils ne tireraient pas bêtement sur des monuments historiques. Et si les Tchétchènes mettaient toute leur énergie dans l'entraînement d'une bonne équipe de foot, ils auraient de réelles chances de vaincre la Russie. Leur adversaire l'a d'ailleurs compris: Vladimir Poutine va skier au lieu de faire la guerre! Ce qui est formidable, dans le sport, c'est que son langage et sa musique d'accompagnement sont facilement intelligibles pour le plus modeste des militaires: on se bat, on se défend, on parle de tactique, de moral de combat. Et le peuple des fans va au combat les drapeaux en l'air, claironnant la trompette, roulant le tambour.

Dans nos civilisations modernes, le programme Ogi est déjà réalisé: tout ce qui reste de l'esprit de guerre a survécu dans les stades. Alors que nos casernes ressemblent de plus en plus à des maisons de paroisse, nos soldats et nos officiers sont devenus d'une civilité et d'une intelligence plus qu'ennuyeuse, ils ne parlent que de missions de paix, d'entraide humanitaire, de rapprochement des peuples. Je comprends que notre ancien ministre de l'Armée ait eu le désir d'adjoindre le sport à son département. La guerre, c'est ennuyeux, le sport c'est excitant.

Reste à l'expliquer à tous ces fanas qui continuent de faire la guerre un peu partout. Ogi saura les faire changer d'avis, j'en suis sûr. Et il aura l'intelligence de s'entourer d'autres grands philosophes du sport suisse. Par exemple d'Anita Weyermann qui dira son fameux: «Gring abe u seckle» (Baisser la tête et courir), aux petits lanceurs de pierres de l'Intifada en Palestine, par exemple. Qui feraient mieux, eux, de courir à la piscine, nager un bon coup: Schwümme statt schiesse!

Quand je serai à la retraite, je deviendrai conseiller spécial de Kofi Annan pour la promotion de l'amour maternel et des tartes aux pommes. C'est encore mieux que le sport.