Il fut un temps où, par ciel gris, au terme d’un dimanche passé chez les grands-parents, une tante partait farfouiller dans un placard peu couru de la maison et ressortait le projecteur. Cliquetis, cône de lumière, odeur et chaleur dégagées par l’appareil: l’objet était posé sur la table du salon et les fantômes muets du passé commun s’en allaient remplir un mur d’où l’on avait décroché quelques assiettes ornementales pour le transformer en écran.

De ce rituel rétro, que reste-t-il? Rien, depuis la transition au numérique et l’avènement des caméras de poche ou des smartphones filmeurs? Pas si vite. Trois événements romands, reliés à deux journées mondiales et à un réseau intercontinental de manifestations, le ravivent ce samedi 24 octobre. Le premier de manière directe, célébrant le Home Movie Day («Journée du film de famille») à la Bibliothèque cantonale et universitaire (BCU) de Fribourg. Le deuxième d’une façon actualisée et avec un penchant pour la fiction, lors du Global Super 8 Day à la Cité universitaire de Neuchâtel. Le troisième sans filtre, lors de l’Écran Libre Super 8 au Cinéma Spoutnik de Genève.

«Les journées mondiales, c’est en général l’ONU qui les organise», précise Michel Chappuis, coorganisateur de la manifestation neuchâteloise. Celle du Super 8 est donc une journée officieuse. «Des Bâlois en sont à l’origine. Ils ont trouvé des relais sur quatre continents.» Le festival zurichois Formel Super 8 et le groupe de cinéastes hambourgeois All Nizo sont aux sources du projet, concrétisé çà et là dans le monde depuis 2000 et animé aujourd’hui par le collectif bâlois Mobileskino. Obsolète mais résolument culte, le format cinématographique Super 8 permet aux amateurs de tourner des films à faible coût sur des pellicules d’une durée d’environ trois minutes. Lancé en 1965, le format fête son cinquantième anniversaire.

Les films projetés à Neuchâtel, réalisés en 2015, seront en lice pour des prix attribués par le public et par un jury professionnel. Suivant le règlement, ils auront été produits «selon le principe contraignant du tourné-monté», c’est-à-dire sans colle et sans ciseaux. D’après l’affiche du festival, ce sont «des films que personne n’a encore vus… même pas ceux qui les ont faits». Vraiment? «Nous n’acceptons les films que s’ils nous sont envoyés directement par un laboratoire de développement. En Suisse, ça ne se fait plus. Les auteurs ont donc dû les faire développer à Paris ou à Berlin.»

Malgré la présence de quelques films récents d’animation ou de fiction, le Home Movie Day fribourgeois colle, lui, plus étroitement à la notion de «film de famille» et à l’esprit de la Journée mondiale du patrimoine audiovisuel, célébrée quelques jours plus tard par l’UNESCO. Que verra-t-on? «Il y a par exemple un film qui montre le ramassage des glands pour les donner aux cochons dans une boucherie à Domdidier. Un autre sur Expo 64, avec le défilé des Fribourgeois et l’exposition, assez bien filmé. Et une perle filmée par un fleuriste pendant la réalisation du parterre fleuri sur l’actuel site universitaire de Miséricorde, dans les années 40», énumère Yves Cirio, conseiller scientifique à la BCU. Les projecteurs 8 ou 16 millimètres ayant disparu depuis longtemps des placards familiaux, bon nombre des personnes qui auront prêté leurs pellicules les verront samedi soir pour la première fois. «Souvent, ils ne savent absolument pas ce qu’il y a dedans.»

Home Movie Day, dès 17h, Bibliothèque cantonale et universitaire, rue Joseph-Piller 2, Fribourg.
Global Super 8 Day, dès 20h, Cité universitaire, avenue de Clos-Brochet 10, Neuchâtel.
Écran Libre Super 8, de 14h à 18h, Cinéma Spoutnik, L’Usine, 11 rue de la Coulouvrenière, Genève.
Les trois manifestations ont lieu samedi 24 janvier.