Costumes gris, cravates noires et mines sombres, les responsables de SRG SSR idée suisse faisaient preuve de peu d'enthousiasme, hier à Berne, lors de la présentation de la télévision numérique terrestre (TNT, ou DVB-T en anglais). Et pourtant, les possibilités offertes par cette nouvelle technologie sont très prometteuses. Décryptage en cinq questions.

La TV numérique, c'est quoi?

Avec le numérique, qui va, à terme, remplacer l'analogique actuel, le son et l'image se décomposent en bits, du nom de la plus petite unité informatique. Texte, son, image et vidéo parlent ainsi la même langue et autorisent toutes les formes de convergence, ainsi qu'un stockage des données plus facile. Les classiques bandes actuelles vont ainsi disparaître.

Quels sont les avantages?

La transmission des chaînes via le réseau hertzien (les traditionnelles antennes «râteau») et via le câble souffre de saturation. Par rapport à l'analogique, le numérique permet de transmettre six à dix fois plus de chaînes, et ce avec une image de meilleure qualité, même sur les téléviseurs actuels. Le numérique ouvre la porte à l'interactivité: aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne, il est déjà possible de faire du shopping via sa TV, de jouer à des jeux d'argent ou de consulter sa météo personnalisée. En Suisse, ce type de service pourrait apparaître dans cinq ans. Le numérique autorise aussi la mobilité: il suffira, dans 80% des cas, d'une petite antenne de 30 cm fixée sur un récepteur pour capter les chaînes publiques n'importe où dans son appartement ou sa résidence secondaire. La réception sera aussi possible en voiture, et ce jusqu'à 80 km/h.

Le numérique, c'est pour quand?

La majorité des 85% de ménages connectés à un téléréseau peuvent déjà visionner, gratuitement ou non, des bouquets de chaînes en numérique, et ce moyennant la location ou l'achat d'un petit décodeur. L'offre numérique de la SSR s'adresse surtout aux 15% restants, soit presque 300 000 ménages, pour lesquels elle a coupé depuis peu la diffusion hertzienne des chaînes d'autres régions linguistiques, provoquant de vives réactions. Cette coupure a permis à la SSR de libérer des canaux pour le numérique. L'Engadine, qui accueillera les championnats du monde de ski ce week-end, est la première région équipée en numérique. La Suisse romande, et en priorité ses régions périphériques, sera équipée dès 2004, et l'ensemble de la Suisse sera couvert en 2009, pour un coût total de 100 millions environ. La SSR diffusera alors ses programmes sur l'une des six fréquences suisses; libre à un autre opérateur helvétique d'acquérir une autre fréquence pour proposer ses programmes en numérique.

Faudra-t-il acheter un nouvel équipement?

Pour recevoir la TV numérique via le réseau hertzien, il faudra acheter une «zapping box», à placer entre l'antenne et le téléviseur, pour un coût de 300 francs environ, et déjà disponible dans les magasins spécialisés. Ce montant comprend aussi cette mini antenne de 30cm qui permettra souvent à elle seule de capter les programmes. La SSR devrait supprimer la transmission analogique vers 2014, l'achat de la «zapping box» sera alors nécessaire pour les 15% de ménages non câblés, à moins qu'ils n'optent pour l'option satellite. La SSR assure que les antennes de 30 cm et les «zapping box» permettront de recevoir aussi les futurs programmes numériques hertziens étrangers gratuits. Dès 2006, une trentaine de chaînes francophones, dont la moitié seront gratuites, pourront être captées sur l'arc lémanique, voire au-delà. Enfin, des téléviseurs numériques intégrant une «zapping box» devraient apparaître ces prochaines années.

Satellite, câble, réseau hertzien, que choisir?

Les chaînes TV transmises en numérique via le réseau hertzien seront avant tout des chaînes publiques, gratuites et généralistes. Les téléspectateurs s'intéressant à des chaînes thématiques ou étrangères continueront de privilégier le satellite et le câble, dont l'offre, en partie payante, continuera de s'étoffer.