Technologies

Cinq questions à vous poser avant d'acheter un drone à Noël

Environ 22 000 drones civils sont en circulation en Suisse. Accidents, atteinte à la vie privée, ces gadgets volants ne sont pas sans danger. A quelques jours des fêtes, les autorités font de la prévention

C’est un jouet qui séduit surtout les grands enfants. L’engouement pour les drones civils devrait se confirmer une nouvelle fois à Noël. Environ 22 000 engins volants sont déjà en circulation en Suisse, dont la majorité est utilisée à des fins de loisirs. Un cadeau ludique très accessible, avec des premiers prix autour de 50 francs. Mais ce gadget est loin d’être un jouet anodin, a récemment rappelé notre blogueuse Emily Turrettini.

Première contrainte, non négligeable: pour faire voler un drone, il faut disposer d'une assurance responsabilité civile couvrant des dommages pouvant aller jusqu’à un million de francs au moins. Cette exigence fait partie des règles imposées par l’Office fédéral de l’aviation civile (OFAC). A l’approche des fêtes de fin d’année, l’autorité s’apprête à publier sur sa page Facebook «Stay safe» les bons gestes à adopter pour faire décoller son appareil en toute sécurité. Car il faut non seulement savoir piloter son drone, mais aussi le configurer correctement pour éviter qu’il ne s’écrase lamentablement.

«Tout le monde a envie d’essayer mais ce n’est pas un jouet. Il faut vraiment maîtriser l'engin. On a tout de même eu quelques accidents», prévient Jean-Luc Pernet, responsable de la centrale d’urgence de la police lausannoise.

Votre drone est-il condamné à prendre la poussière dans un placard? Cinq questions pour piloter votre machine volante en toute sérénité.

Est-ce que je peux faire voler mon drone où je veux?

Un pilote de drone ne peut pas balader son appareil impunément dans les airs. Il doit parfaitement le maîtriser et connaître la réglementation en vigueur. «Il existe une règle toute simple pour éviter bien des accidents: il ne faut jamais perdre de vue son aéronef», indique Martine Reymond, porte-parole de l’OFAC. Pourtant, nombreux seraient les utilisateurs à vouloir tester les limites de leur appareil à hélices. «Quand on voit que la machine vole haut et loin, on va être tenté de le faire», suppose Fabio Chironi, fondateur de l’entreprise d’imagerie aérienne Aerial Works.

Aucune autorisation n’est nécessaire pour piloter un drone de moins de 30 kilos. Mais ces appareils ne doivent pas s’approcher à moins de 300 mètres des bâtiments publics. Les propriétaires ont également l’interdiction formelle d'approcher leur jouet des avions de ligne. Tout vol à cinq kilomètres d’un aéroport nécessite une demande d’autorisation auprès de Skyguide, la Société anonyme suisse pour les services de la navigation aérienne civils et militaires.

Ai-je le droit d’installer une caméra pour capturer de belles images aériennes?

Oui, et c’est même tout l’intérêt d’un drone. Des films surprenants et esthétiques sont tournés grâce à ces avions téléguidés à distance. Mais l’enregistrement d’images aériennes est interdit dans d’innombrables endroits comme les installations militaires, les centrales nucléaires ou encore les sièges d’organisations internationales pour des raisons évidentes de sécurité. Lors des rencontres internationales sur le programme nucléaire iranien à Lausanne, le Conseil d’Etat vaudois avait interdit, en mars 2015, le survol de la partie sud de la ville. Une telle mesure a déjà été mise en pratique pour les négociations à Genève et Montreux. Depuis 2014, il est d’ailleurs interdit de survoler une foule ou un rassemblement public.

A Lausanne, «la ville applique strictement l’ordonnance sur les aéronefs de catégorie spéciale. Celle-ci encadre le vol des drones de plus de 500 grammes», indique Jean-Luc Pernet. Les engins volants ne sont pas les bienvenus au-dessus de la ville, sauf s’ils présentent un intérêt public. Des dérogations sont exceptionnellement accordées, notamment pour des travaux de modélisation d’un bâtiment ou des fouilles archéologiques. La société Broskymedia semble, elle, avoir obtenu le précieux sésame. Elle a posté en novembre cette vidéo spectaculaire.

Puis-je survoler le jardin de mon voisin?

Il est peu probable que votre voisin apprécie le bourdonnement de votre aéronef au-dessus de sa tête. L’utilisation des drones est soumise au respect de la vie privée et, plus globalement, aux dispositions de la loi sur la protection des données. Mais des dérives existent. A Lausanne, des pilotes malintentionnés ont hissé leur engin volant à la hauteur de chambres à coucher. «On a eu plusieurs plaintes de la population», confirme Jean-Luc Pernet. La police se charge alors de mettre la main sur l’appareil et son propriétaire.

L’espionnage serait une crainte importante pour la population. «Lorsqu’on réalise des tournages, des personnes viennent parfois nous voir pour nous signaler qu’on peut faire de l’espionnage. Mais le drone fait beaucoup de bruit, il est difficile d’être discret avec un tel appareil», relate Fabio Chironi, évoquant son travail à Aerial Works.

Et si mon drone s’écrase en pleine rue?

C’est le danger principal. Avec la prolifération des drones, le risque d’accident augmente. La police de Lausanne a comptabilisé trois accidents en 2015. Une machine s’est écrasée à proximité d’enfants qui jouaient dans un parc, une autre a fait un blessé léger au niveau du visage et des mains. En septembre 2014, un engin volant s’était également écrasé en plein centre de Genève, à quelques mètres des passants et automobilistes.

«On conseille aux gens de faire leur premier vol d’essai dans un endroit isolé. Cela permet de tester les atterrissages d’urgence. Le risque principal est que l’appareil tombe sur quelqu’un», explique Martine Reymond, porte-parole de l’OFAC.

La réglementation oblige donc le détenteur du drone à posséder une assurance responsabilité civile à hauteur d'un million de francs au moins. Dans le cas contraire, le propriétaire du drone est en infraction.

Qu’est-ce que je risque si je ne respecte pas la législation?

Si vous décidez d’ignorer la réglementation en vigueur, vous risquez de vous exposer à une amende allant de quelques centaines de francs à 20 000 francs. Il s’agit d’une infraction à la Loi sur l’aviation. Dans le cas où votre appareil percute un passant et le blesse, une procédure pénale administrative peut être ouverte.

Publicité