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«Des étudiants aux personnes âgées en passant par les chefs d’entreprise, tous veulent vivre une immersion dans la nature pour retrouver des sensations, le goût des choses essentielles.» - Laurent Ducasse
© Eugenia Loli

Lâcher-prise

La clairière idéale, sur les crêtes du Jura

Les camps de survie en forêt essaiment en Suisse. A défaut de passer la nuit dans les bois, on se lance à la découverte des paysages isolés du Jura vaudois pour apprivoiser la nature, de jour

Allumer un feu sans briquet, s’orienter sans téléphone portable, confectionner un gîte pour la nuit: ces défis auraient dû rythmer notre week-end de «survie en forêt». Notre guide mis hors-service après un pépin de santé, on se retrouve soudain perdue sans la boussole de secours, le puits de savoir sur lequel on se reposait. La perspective de dormir seule dans les bois ne nous enchantant guère, on décide d’aller à la rencontre de la forêt de jour. Un premier pas.

Au cœur du mois d’août, les crêtes du Jura vaudois et leurs forêts de pins quasi désertes offrent un terrain de jeu infini pour découvrir et apprivoiser la nature. Au départ de Saint-Cergue au petit matin, un objectif: repérer la clairière idéale pour une hypothétique nuit future (en groupe, bien sûr). Et, accessoirement, terminer les 20 kilomètres de marche sans cheville foulée, ni genou écorché. Sac au dos, les mains libres, on se lance direction la Dôle, à 1677 mètres d’altitude.

Bruissements sylvestres

En pénétrant dans les premiers bosquets, une sensation nous envahit: l’étrange quiétude des bois. Pour notre âme citadine, le silence n’est pas commun. Il s’impose pourtant naturellement, agrémenté du tintement désordonné des cloches des vaches qui paissent non loin de là. D’un versant à l’autre, le ciel nuageux se découvre puis s’assombrit à nouveau.

Dans la pénombre, les bruits de la forêt semblent soudain menaçants. L’univers sylvestre, son aura, ses mythes, restent présents dans notre esprit. Heureusement, grâce aux losanges jaunes qui balisent le chemin, impossible de se perdre, même sans GPS.

Hors de cet amas de feuillage, les plaines sauvages du Jura renferment un obstacle insoupçonné. Un troupeau de bovins, suivi de trois chevaux, effectue sa transhumance d’un pâturage à l’autre. En toute liberté. Plantée au milieu du chemin terreux, on les dévisage l’air apeuré. Surtout ne pas bouger, les laisser passer en premier: l’argument fait mouche et les bêtes nous croisent sans broncher.

Alcôve de mousse

Le soleil, au zénith, tape soudain fort. Le chemin serpente, on l’attaque le souffle court. Amortis par les aiguilles de pin, nos pas silencieux se font lourds. Au détour d’un taillis, elle est là: la clairière idéale, tapie de mousse, bordée d’une rangée de majestueux pins. Une alcôve originelle, à l’abri du vent. On imagine bâtir un bivouac de branchages, planter un brasier incandescent au milieu, se blottir contre le sol mou. Sur le chemin du retour, la scène rêvée nous tenaille. On reviendra.

Payer pour dormir deux nuits dehors? Encore une lubie de notre société qui cherche à se faire peur, diront certains. Il n’empêche, le retour à la nature et, plus largement, l’autosuffisance, font des émules. Et il faut bien le reconnaître, le mythe de l’échappée belle façon Into the Wild donne parfois envie. Envie de se débrouiller seul avec rien ou presque.

Après tout, pendant des millénaires, l’homme a su tirer profit des ressources de la nature. Peut-être même un peu trop. Mais aujourd’hui, les scouts et leurs rudiments n’ont plus la cote et notre connaissance du milieu naturel avoisine le néant. Bien malin celui qui sait distinguer entre une baie comestible et un dangereux végétal, ou encore comment récolter l’eau de pluie et la purifier.

Survie et bon sens

Au téléphone, notre guide remis sur pied nous rassure: «Pour une première fois, il valait mieux ne pas tenter l’expérience seule.» Laurent Ducasse, fondateur de l’association Stage Nature, encadre les participants durant des camps de trois jours et deux nuits. Que viennent-ils chercher? «Des étudiants aux personnes âgées en passant par les chefs d’entreprise, tous veulent vivre une immersion dans la nature pour retrouver des sensations, le goût des choses essentielles.»

Les progrès de notre société nous auraient-ils donc anesthésiés? «Le stress, la technologie, le bruit accaparent notre quotidien, certaines personnes ressentent le besoin de s’en éloigner», constate Laurent Ducasse. Pas question toutefois de tomber dans la tendance apocalyptique, survivaliste voire militaire. «En s’éloignant du confort, l’idée est de se dépasser, d’apprendre à vivre en groupe et d’écouter ses instincts.» La première règle de la survie? «Le bon sens.»


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