A Danderyd, banlieue chic de Stockholm, la messe du dimanche est un rendez-vous qu’on ne saurait rater. Les paroissiens, installés sur les confortables bancs chauffants de l’église du XIVe siècle, voient souvent deux pasteurs s’avancer vers l’autel: un homme, Peter Sandin, et une femme, Kristina Molander. Les deux, ensemble, vont expliquer la Parole, célébrer la cène, devant un auditoire depuis longtemps habitué à cette mixité. «Quand j’étais enfant, bien sûr, seuls les hommes donnaient la Communion, observe Larsvik, un des fidèles. Il y a des gens, surtout chez les plus âgés, qui regrettent cette évolution. Pas moi! Quand les femmes sont devenues pasteurs, elles ont permis à notre Eglise de représenter tous ses membres, et pas seulement la moitié.»

L’Eglise de Suède – la Svenska kyrkan –, qui a pris son indépendance sous le règne du roi Gustav Vasa en 1527, et qui fut Eglise d’Etat jusqu’en 2000, ne fut pas la première héritière de la Réforme à donner des responsabilités aux femmes. A la fin du XVIIIe siècle, John Wesley, père du méthodisme, leur avait déjà accordé le droit de prêcher. En 1918, l’Eglise réformée de Zurich faisait œuvre de pionnière européenne en ordonnant deux femmes. En Suède, il a fallu attendre 1958 pour que la Svenska kyrkan fasse de même… Mais elle est allée beaucoup plus loin. En 2020, avec 1533 femmes contre 1527 hommes, elle est devenue la première grande Eglise du monde dont le clergé est majoritairement féminin.