Genève

Climat: la longue marche des jeunes vers l’unité

Les militants genevois se sont réunis mardi soir pour structurer le mouvement. Une étape périlleuse et décisive avant la manifestation internationale du 15 mars

Après la mobilisation joyeuse, la grève pour le climat fait face au défi de la maturité. A Genève, le noyau dur du mouvement a organisé mardi sa deuxième assemblée générale dans un auditoire d’Uni-Mail. Le groupe cantonal veut se structurer avant la manifestation mondiale du 15 mars. L’élection d’un comité d’organisation a fait l’objet d’un long et âpre débat entre la septantaine de jeunes présents.

Le mouvement veut éviter trop de hiérarchie. Faut-il élire des personnes douées en communication? Le tirage au sort de délégués est-il une meilleure option? Et, dans ce cas, comment s’assurer de leur engagement continu? Dans les travées, les interrogations sont nombreuses. «Si quelqu’un impose son autorité, ciao!» lance une jeune femme. Un autre interpelle alors ses camarades sur la nature de leur combat. «Le comité aura un caractère politique, on ne peut pas se voiler la face.» Le résultat du vote a débouché sur un compromis: une partie du comité sera élue, l’autre sera tirée au sort.

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Cette prudence sur le mode de désignation des représentants ne vient pas de nulle part. Depuis le début de la mobilisation, les jeunes expriment une grande défiance vis-à-vis de la «politique institutionnelle». Ils veulent à tout prix éviter de reproduire le «schéma» des partis. Ils craignent également une récupération politique et une discussion avec les élus teintée de paternalisme. Une initiative du député vert Jean Rossiaud figure justement à l’ordre du jour. L’élu a déposé une motion au Grand Conseil genevois afin de relayer les revendications des jeunes militants. Sa volonté fait grincer des dents. «Il s’agit d’une démarche individuelle et le mouvement n’a émis aucun soutien», ont tempéré les modérateurs de l’assemblée générale.

Ton combatif

Le débat a également porté sur l’âge des futurs candidats. Le mouvement doit-il rester jeune? Doit-il accueillir des personnes plus âgées? Une poignée prône l’ouverture pour être à la hauteur de l’enjeu, c’est-à-dire sauver la planète. La discussion s’est attardée sur de nombreux points de détail. Un passage obligé pour asseoir la légitimité du futur comité, insistent certains tandis que d’autres trépignent sur leur chaise. Ces derniers veulent monter des actions spectaculaires sur le terrain. Le ton est combatif, la couleur politique nette. «Peut-on se mettre d’accord sur le fait que le mouvement est anticapitaliste et révolutionnaire?» lâche un jeune, convaincu que la société ne changera pas sans un véritable bouleversement. Sa proposition déclenche des applaudissements nourris. «Comment peut-on créer un rapport de force?» «Il faut mettre en danger le système capitaliste», peut-on entendre dans l’auditoire.

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La tentation de la violence plane. Les modérateurs rappellent calmement les grands principes de la grève du climat, mouvement qui dépasse les frontières de la Suisse et qui se veut non violent. Les militants genevois veulent marquer les esprits, tout en mobilisant toujours plus de monde dans la rue. «Il faut convaincre les gens que le système est pourri.» Le défi du rassemblement s’annonce périlleux.

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