Des voix s’expriment en permanence dans nos têtes, et même s’il n’existe pas encore de données fiables sur le sujet, Charles Fernyhough est persuadé que l’isolement imposé par la pandémie a amplifié leur volubilité: «Le cerveau comble constamment les lacunes de notre perception, et lorsqu’un canal d’interaction sociale est soudain fermé, il est probable que le système nerveux essaie de corriger ce qui n’existe plus.»

Le psychologue et écrivain britannique a lui-même une vie mentale animée, peuplée du babil incessant de ses conversations intérieures. Il se passionne surtout depuis les années 1990 pour le discours intérieur, et dirige depuis 2012 le laboratoire Hearing the Voice (entendre la voix), à l’Université de Durham (Royaume-Uni), grand projet de recherche pluridisciplinaire consacré aux «entendeurs de voix», et auquel collaborent psychologues, neuroscientifiques, chercheurs en théologie, lettres modernes et médiévales, anthropologues et philosophes. «La seule façon de rendre justice à la complexité de l’expérience était de rassembler les points de vue de nombreuses disciplines», nous confie celui pour qui le for intérieur ne semble plus avoir beaucoup de secret, jusqu’aux zones impliquées dans le cerveau quand nous nous adressons à nous-même, où quand une voix nous donne l’impression de nous alpaguer de l’extérieur.