Trois cents morts sur la route, c'est 300 morts de trop. Mais l'objectif fixé par le Département des transports a le mérite d'un certain réalisme. Le BPA (Bureau suisse de prévention des accidents), qui était à l'origine de la proposition un brin maladroite de brider les motos à 80 km/h, dit regretter qu'on ait à ce point rogné les ambitions de départ.

Il est difficile de se faire une religion sur les mesures proposées tant qu'on ne sait pas lesquelles seront retenues. L'abondance des propositions donne à penser qu'on se trouve à l'aube d'une révolution dans la manière de circuler, mais beaucoup ne passeront pas la rampe de l'évaluation.

Prises séparément, ces mesures sont pour la plupart défendables et certainement utiles. Il est permis toutefois de s'interroger sur le coût de leur mise en œuvre. Passe encore pour les travaux d'infrastructure, mais les mesures de police que pourrait imposer la Confédération pèseraient extrêmement lourd sur… les cantons, et à long terme. «Augmentation des effectifs des polices cantonales» est une phrase anodine, mais comment Berne obligera-t-il les cantons à s'exécuter?

Ce manque de réalisme politique apparaît aussi dans les propositions visant à créer une tripotée de postes de fonctionnaires. Le désir de doter la Confédération de nouveaux offices et de formidables instruments statistiques, en une législature a priori peu favorable au gonflement de la fonction publique, relève de la candeur administrative.