Une carte de la Grande-Bretagne avec un point rouge, qui grandit, s'étend à tout le territoire avant de fondre sur l'Europe. C'est ce graphique digne des meilleures heures de l'antisoviétisme qui a informé les Américains, l'autre jour, sur ABC, de la progression de l'épizootie de fièvre aphteuse chez leurs cousins européens. Les images de centaines de carcasses de bétail brûlant dans les campagnes (au pire, cela représentera 1% du cheptel du pays), quelques descriptions farfelues et une suspicion générale née de la crise de la vache folle ont fait le reste: une psychose s'est installée, ses dégâts sont considérables.

Oubliant que la représentation de la réalité est plus importante que la réalité elle-même, le gouvernement britannique s'est laissé lui aussi gagner par la panique, et ne réagit que bien tard à ce déficit d'image pour lequel il n'existe ni vaccin, ni abattage préventif. Avant de mettre le feu aux bûchers, qui s'est inquiété de leur impact sur une opinion publique fragilisée, qui voit déjà le retour de la peste? Ce week-end, Tony Blair devrait prendre une décision dont on mesure désormais tout l'enjeu: convoquer des élections anticipées pour le 3 mai, ou les reporter en juin ou en octobre, sous la pression paysanne. Sans mésestimer le désarroi des éleveurs, le jeu politicien ne vaut pas la chandelle du signal économique désastreux qu'un report entraînerait.