L'Angleterre serait-elle maudite? Malgré leur aptitude à rester dignes dans l'adversité, l'accumulation de coups durs qui frappe la Grande-Bretagne commence à affecter le moral des Britanniques. D'autant qu'à part le vent et la neige qui ont enfoui l'Ecosse, une partie de l'Irlande du Nord et le nord de l'Angleterre, les autres catastrophes remettent en cause certains fondements de la société.

Les inondations à répétition depuis l'automne dernier ont provoqué d'intenses débats sur l'exploitation des campagnes et des rivières. La crise de la vache folle, l'épidémie de fièvre porcine, puis la propagation de la fièvre aphteuse soulèvent de graves questions sur l'agriculture britannique, ses pratiques industrielles et ses normes d'hygiène. Circonstances aggravantes, l'épizootie actuelle prive les Britanniques de courses de chevaux et de rugby.

Et face au rail, le flegme s'érode. Il y a douze ans, une collision avait fait 35 morts à Clapham Junction, la plus grande gare de Londres. Juste avant sa privatisation, British Rail avait renoncé à moderniser la sécurité des trains devant une facture jugée trop lourde. Depuis, le rail britannique a enregistré un accident grave par an. Alors que les opérateurs privés peinent à assurer un service correct malgré des prix surfaits, et que Railtrack, qui exploite le réseau ferré, engloutit des milliards en réparations interminables, le public anglais se détourne du rail: en quatre mois, l'avion a gagné 15% de parts de marché sur les lignes intérieures.