Téléphoner en voiture, quoi de plus naturel? Pour tuer l'ennui, pour faire de l'avance, pour liquider les problèmes domestiques en suspens… En réalité, c'est tout le problème: cette formidable commodité est entrée dans les mœurs, à tel point qu'il sera difficile de l'en faire sortir. Pourtant, on ne peut qu'être frappé par les contradictions de la loi: d'un côté – enfin – on sanctionne plus sévèrement l'ivresse au volant, mais d'un autre côté, on se montre plutôt patelin avec un comportement qui, toutes les études le montrent, est potentiellement plus dangereux.

Or chacun sait que les conditions de circulation vont devenir de plus en plus difficiles: le trafic augmente sans cesse, le temps passé sur les routes et l'agressivité des automobilistes aussi. De plus, l'innovation technologique va truffer les tableaux de bord d'aides à la navigation et au divertissement certes agréables, mais qui seront autant d'occasions de nous distraire de l'essentiel. Le nez collé à la carte qui s'affiche à l'écran, l'automobiliste emboutira allègrement

le véhicule qui le précède, ou renversera un piéton.

Il faut donc savoir ce que l'on veut, et adapter la loi et son application. La tragédie de Sallanches montre que téléphoner en conduisant, ce n'est décidément pas une bagatelle.