Toutes les vocations sont dans la nature. De la câlinothérapeute au verbicruciste, en passant par le gardien de château, ceux qui embrassent ces métiers insolites demeurent souvent dans l’ombre. Chaque semaine de l’été, «Le Temps» a choisi de les mettre en lumière.

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Rebecca Marolf nous a donné rendez-vous à Morges, quelque part entre d’inquiétantes statuettes et un autel sacrificiel. Heureusement, pas de sang humain à l’horizon: la Valaisanne fignole juste sa dernière création, une escape room sur le thème de l’Empire inca, qui ouvrira en septembre dans cette succursale d’Escape World, la société qu’elle a cofondée il y a sept ans. «Coincés dans le temple, les joueurs ont jusqu’à l’éclipse lunaire pour parvenir à s’échapper», résume Rebecca Marolf. Passez la porte d’à côté et vous embarquerez sur un navire, direction le triangle des Bermudes. Alors que la suivante vous plongera en plein braquage de banque.

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Des scénarios imaginés par Rebecca Marolf et son frère, passés maîtres dans l’art d’enfermer les aventuriers (volontaires) dans des mondes singuliers – à l’image de l’ancien fort militaire de Vernayaz, devenu le décor XXL de quatre de leurs escape games. «On aime les lieux atypiques», sourit Rebecca Marolf.

Un goût pour le jeu de piste quasi inné chez ces créatifs, qui en ont toujours organisé pour leurs amis. «Un jour, on nous a dit: vous devriez en faire un métier!» se souvient Rebecca Marolf, laborantine à l’époque. Petit à petit, le projet se professionnalise jusqu’à devenir Escape World. C’était en 2013. Aujourd’hui, le duo gère une dizaine de salles entre Vaud et le Valais.

Jeux d’ombres

Mais comment met-on au point ces labyrinthes? Tout s’articule autour d’un scénario, qui a ses codes: «On compte environ 15 mécanismes par jeu, chacun composé de deux à quatre éléments dispersés dans la pièce, avec une signalétique bien pensée.» Un électronicien estime ensuite la faisabilité des idées (folles) de Rebecca Marolf, souvent inspirées par le cadre. «Dans le fort, il y a de longs couloirs. On les a utilisés pour y projeter des ombres qu’il fallait décoder. Poser un coffre au milieu d’une pièce, ça n’a aucun intérêt.»

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Reste qu’investir des murs pareils coûte cher. Dans les pièces construites ad hoc, qui ont la préférence de ses concurrents, c’est la décoration qui fait la différence, estime Rebecca Marolf. Chez Escape World, on récupère des objets dans les brocantes pour plus de réalisme – les coffres du braquage proviennent d’une banque belge – et le reste est fait main, avec l’aide d’un mari marbrier. Pour ravir l’âme d’enfant des joueurs, Rebecca aime aussi miser sur les trappes et les caches, «qui ont un côté magique». Il arrive d’ailleurs que des bagues y soient glissées, pour des demandes en mariage personnalisées.

Après six mois de travail et une phase de test, le jeu peut enfin accueillir ses premiers intrépides. Qui, avec la pandémie, sont nombreux à bouder le huis clos… Mais Rebecca Marolf a un joker dans sa manche: une nouvelle enquête à Saint-Maurice, à la recherche d’une dangereuse fiole (contenant un autre virus). Bien cachée, mais à l’air libre.