«Des gens m’ont reproché de sortir alors que le confinement est préconisé. Je comprends leur inquiétude et nous faisons attention», assure Jodie Reigner qui s’occupe régulièrement de Noah, 8 ans, plein de vie et curieux de tout, atteint d’un TDAH – trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité. «Mais c’est impossible pour sa bonne santé de rester toute la journée sans sortir», enchaîne-t-elle. «Il va se sentir étouffé et n’arrivera pas à contenir toute son énergie, ce qui l’amènera potentiellement à faire des crises.»

Jodie Reigner est étudiante en dernière année de physiologie à la Haute Ecole de santé du canton de Vaud (HESAV). Elle a proposé son aide sur un groupe Facebook où sont déposées des offres et demandes destinées aux éducateurs, familles ou personnes concernées par ce trouble, qui touche 3 à 7% des enfants et adolescents à travers le monde selon la Revue médicale suisse. Face aux défis que pose ce quotidien confiné, de nombreux parents ou proches aidants risquent en effet de se sentir dépassés.

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Une opportunité de renforcer les liens

Avec un besoin fort de se dépenser physiquement, certains enfants sujets à l’hyperactivité, comme Noah, doivent impérativement faire de l’exercice. Mais comment sortir le moins possible et occuper son enfant de manière créative et sportive dans l’espace exigu d’un appartement ou d’une petite maison? Pour Daniela Brustolin, présidente de l’Association Suisse romande de parents et d’adultes concernés par le déficit d’attention avec ou sans hyperactivité (ASPEDAH), «chez certaines familles, il s’agit de trouver des outils pour gérer au mieux cette période de confinement».

Jodie, qui ne fait pas partie de la famille de Noah, a d’abord dû instaurer un lien de confiance avec son petit protégé. «J’ai tout de suite eu un bon contact avec lui, il est très attachant», rapporte-t-elle. Puis, dans un second temps, la jeune femme s’est attelée à capter son attention avec des choses qui l’intéressaient et surtout, à le faire bouger. Pour ce faire, plusieurs stratégies et activités s’adressant à tous peuvent être mises en place spécifiquement pour un enfant atteint d’un TDAH. «En faisant par exemple de la place dans l’espace de vie, on peut inviter l’enfant à s’exprimer et à se dépenser en dansant ou en faisant des exercices physiques. Par ailleurs, la relaxation aide aussi, ou le fait de demander à l’enfant d’exprimer une émotion qu’il ressent à travers un dessin, un bricolage ou un jeu», conseille Daniela Brustolin.

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Cette période se révèle finalement être une opportunité de travailler avec l’enfant sur ses ressentis. Le fait de créer des habitudes, en établissant des règles ou consignes claires, le rassure et lui prodigue de solides repères. «Une bonne structure accompagnée de renforcement positif où l’on félicite l’enfant lui permet de mieux gérer son comportement et par conséquent, aussi ses émotions», assure encore la présidente de l’ASPEDAH.

Soutenir les familles

Pour l’instant, l’association constate un certain silence des familles, dont l’une des préoccupations du moment est également de gérer l’école à la maison. «En temps normal, les gens viennent nous voir pour chercher de l’information, des conseils, des adresses, des formations ou encore des conférences animées par des professionnels de la santé.» Mais selon la professionnelle, ce silence devrait être de courte durée. Elle ajoute qu’«en ce moment en revanche, nous avons vraiment à cœur de soutenir les parents en leur offrant une écoute active, les orienter et leur offrir un réseau d’échange par le biais des groupes de soutien régionaux». Un soutien qui s’avérera sans doute essentiel.


Informations:  www.aspedah.ch