Beurrer, blanchir, bouillir, ciseler, décortiquer, égrener, émincer, frire, infuser, tamiser… Je vous vois saliver. L’étendue du champ lexical de la cuisine est à l’image de l’importance qu’elle revêt dans nos existences. La pandémie de coronavirus n’a fait que le confirmer: les réseaux sociaux sont (re)devenus de véritables livres de recettes publics, tandis que les médias s’interrogeaient sur les régimes à suivre – ou pas – en temps de confinement. Mais la cuisine, ce n’est pas qu’une histoire de papilles, c’est aussi tout un pan de notre vie sociale et de notre bien-être physique comme psychologique.

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Si le confinement a mis une partie de nos vies à l’arrêt, il n’a pas fait disparaître les pressions sociales, notamment celles sur le poids. Avec une activité physique réduite, la peur de prendre quelques kilos n’est pas loin, et peut virer à l’obsession. Une situation qui peut aggraver les souffrances des personnes touchées par des troubles du comportement alimentaire. Ou au contraire les améliorer. En ligne, à la télévision, les exercices pour maintenir une activité physique ne manquent pas. Pour autant, est-ce la meilleure période pour se lancer dans une course contre les kilos? La situation est déjà suffisamment pesante pour ne pas y ajouter cette culpabilité. Pour la diététicienne Nicoletta Bianchi, conserver une alimentation équilibrée sans se priver reste le maître mot, d’autant que légumes et fruits frais ne manquent pas en cette saison.

Renouer des liens

Se nourrir, ce moment de répit dans l’isolement, de réconfort face aux angoisses ou, au contraire, ce geste automatique, car exécuté sans envie, rythme nos journées. Confiné chez soi, chacun se retrouve face à lui-même, à ses habitudes et à ses états d’âme. L’occasion de se questionner sur notre rapport au corps et à l’alimentation. Le moment opportun, pour ceux qui le souhaitent, de chambouler leur routine: chacun a accès au supermarché du coin, en un clic à un panier garni et en quelques pas au contenu de ses placards. Et face au stress, à l’ennui, à la peur de la mort, à la solitude, à la dépression ou encore aux conflits qui ont pu surgir durant ce quotidien confiné, la nourriture a offert un semblant de réponse à ces émotions. Pour la psychologue Magali Volery, ces dernières signalent avant tout qu’un besoin n’est pas satisfait. Le temps d’une introspection s’impose pour découvrir lequel.

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Mais cuisiner confiné, c’est aussi renouer des liens, partager la charge mentale, explorer des talents cachés ou délaissés et (re)découvrir son quartier. Les produits locaux sont à l’honneur, et de nouveaux réflexes sociaux s’installent. L’organisation des foyers est elle aussi repensée. Le virus a obligé un lecteur retraité à dévoiler son potentiel culinaire, «resté longtemps caché derrière le masque d’un machisme ordinaire», dit-il. D’autres investissent leur potager, innovent avec les produits disponibles ou oubliés dans leur cave, s’offrent un voyage gustatif avec un reste d’épices dénichées en vacances, ou instaurent un roulement familial pour la confection des repas. Ce n’est pas faire table rase du passé que d’oser détruire pour reconstruire. Erigez ce nouvel édifice à votre image et à la gloire du monde que vous aimeriez retrouver lorsque cette parenthèse sera bel et bien fermée.