Psychologie

Les conflits pourrissent la vie

Selon une longue étude menée à Harvard, la clé du bonheur résiderait dans le fait d’entretenir de bonnes relations. Les personnes conflictuelles, elles, s’empoisonnent et contaminent leurs proches

Quels sont vos principaux buts dans la vie? L’Université d’Harvard a posé cette question à la Génération Y dans le cadre d’un sondage. Le 80% d’entre eux a répondu «devenir riche», le 50% a également mentionné «la célébrité». «J’voudrais bien réussir ma vie, être aimé, être beau, gagner de l’argent» chantait déjà Daniel Balavoine en 1981.

Un mariage conflictuel? Mauvais pour la santé!

Un résultat qui clashe avec celui d’une étude approfondie sur le Développement adulte, menée depuis 1938 sur un groupe de base de 724 personnes et leur descendance. A ce stade de l’étude, personne ne parle d’argent, de célébrité, ou de travail acharné. «Le message le plus évident est: les bonnes relations nous rendent plus heureux et en meilleure santé. C’est tout», explique Robert Waldinger, psychiatre et directeur de l’étude. «Un mariage conflictuel, par exemple, est très mauvais pour la santé. Peut-être même plus qu’un divorce. Alors que vivre dans un climat relationnel chaleureux est protecteur.»

L’information, forcément, est intéressante pour tout le monde. Mais que peuvent en faire les personnes à caractère conflictuel? Pour certains, entretenir des relations tendues semble inévitable. «Mon ex-compagnon avait l’impression de ne pas exister s’il n’était pas en conflit, témoigne Lucie*. Dès qu’il traversait une période plus sereine, il provoquait un climat de tension. Il avait du plaisir à prendre le contre-pied, ça lui donnait un sentiment de supériorité.»

Générer du positif rend heureux

Pour le psychiatre et psychothérapeute Nicolas Belleux, les conclusions de l’étude d’Harvard sont une évidence. «Plus on génère de positif, plus on sera entourés de gens et d’événements positifs, et plus on se sentira heureux.» A l’inverse, «le négativisme est un vrai poison, tant sur le plan mental que physique. Les répercussions vont se manifester différemment selon les fragilités de l’individu.»

Les personnes conflictuelles ne sont pas nées avec l’envie de se mettre tout leur entourage à dos. «Nous naissons avec un capital en lien avec nos parents et notre lignée, poursuit le Dr Belleux. Ce capital va évoluer, sera mis en valeur ou sera étouffé en fonction du contexte familial, scolaire, ou amical. Même un enfant qui naît avec une tendance optimiste pourra basculer à cause d’un environnement maltraitant.»

Un tel comportement se révèle ensuite dans le mental, le comportemental, et l’émotionnel. La personne mentalement conflictuelle sera pessimiste, alimentera le négatif. Au niveau émotionnel, elle partira dans l’angoisse, la tristesse, la colère. Côté comportemental, on aura affaire à une personne qui cherche la bagarre. Toutes générant différents conflits.

Manque de confiance en soi

Selon le Dr Belleux, ce type de fonctionnement prendrait souvent racine dans un manque de confiance en soi. Le conflit est un moyen de se protéger illusoirement. «En provoquant la querelle, personne ne pourra la trahir ou la faire souffrir. La personne conflictuelle le fera même pour tester l’autre en se disant: si celui qui est face à moi supporte ça, c’est qu’il est valable!»

Quelles solutions pour soigner ce trait? S’il apparaît chez un enfant, le gros du travail est de l’aider à prendre conscience de ses qualités. Le problème étant que ce fonctionnement est contagieux, et que souvent, les enfants conflictuels le sont devenus à cause du cadre familial. Pour l’adulte (comme ce collègue qui vous pourrit la vie) c’est plus compliqué. «C’est souvent tellement ancré que plus rien n’a de prise sur lui. Mais la vie offre toujours des chances de changer… Une naissance, un décès, un déménagement, une rencontre qui permet d’en prendre conscience et d’évoluer.»

Quant aux personnalités non conflictuelles, elles auront en grande partie développé leurs stratégies d’évitement, leur propre capacité de résilience, et sauront annuler les effets négatifs. Par l’humour, l’affection, pour faire baisser la garde de l’autre et se protéger. Un bouclier qu’il serait bon de transmettre d’une génération à l’autre.

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